TISSOT, Amédée (1816-1887) : Lisieux pendant la première guerre de religion.- Caen : Typographie et stéréotypie Pagny, [ca 1881].- 16 p. ; 21,5 cm.
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Lisieux pendant la première guerre de religion
par
Amédée Tissot
 

On sait que pendant les quarante années qui s'écoulèrent entre 1559 et 1599, la France fut désolée par des agitations, des troubles, des luttes civiles, dont l'histoire enregistre les multiples péripéties sous le nom de Guerres de religion.

L'antique diocèse de Lisieux fut, comme tant d'autres, le théâtre de ces déplorables luttes intestines.

L'opposition plus énergique qu'intelligente que fit l'évêque Jean Le Hennuyer à l'Edit du 17 janvier 1562, ordonnant la suspension des rigueurs exercées contre les protestants, ne contribua pas peu à exaspérer ces derniers, déjà irrités par les vexations et les persécutions dont ils étaient victimes depuis longtemps, et à déterminer un soulèvement général dans le diocèse.

Dès le commencement de cette même année 1562, ceux de "l'Eglise nouvelle" comme ont disait alors, avaient pillé l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, s'étaient emparés de Pont-l'Evêque, Beuzeville, Honfleur, Pont-Audemer ; Coligny, à la tête d'une troupe dans laquelle se trouvaient des Allemands et des Anglais en grand nombre, avait saccagé toute la côte depuis Caen jusqu'à Dives. Le capitaine, gouverneur de Lisieux, Gui de Longchamps, seigneur de Fumichon, informé de la marche de ses adversaires, et fort désireux de protéger la ville confiée à sa garde, avait fait demander des secours au duc de Guise qui lui avait répondu de s'adresser au maréchal de Brissac, commandant à Rouen.

Il ne paraît pas que la maréchal de Brissac ait donné satisfaction aux sollicitations de Gui de Longchamps, car le 5 mai, Lisieux tomba au pouvoir des protestants. Une troupe, à la tête de laquelle se trouvaient Guillaume de Hautemer, seigneur de Fervaques ; Louis d'Orbec, bailli d'Evreux ; les seigneurs de Cerquigny et de la Cressonnière, deux tabellions de Lisieux même, et quelques autres personnages, s'empara des portes de la ville et se livra dans l'église cathédrale de Saint-Pierre à un pillage qui ne dura pas moins de trois ou quatre jours.

Mais le trouble qui résulta de cette prise de possession se prolongea bien au delà de ce temps. Ce ne fut, en effet, que le 13 août suivant, c'est-à-dire plus de trois mois après, que procès-verbal put être dressé par le bailli de la ville, le sieur de Pontmolin, conseiller du Roi, pour constater le nombre, la nature et la valeur des objets disparus, brisés ou brûlés, pendant ces trois ou quatre déplorables journées.

Voici ce procès-verbal qui fait connaître les richesses en objets d'art religieux, en documents historiques et en titres précieux, que possédait l'église Saint-Pierre de Lisieux, et dont la perte, à jamais regrettable, fut constatée ; procès-verbal, dont il existe plusieurs copies, mais qui n' pas encore été livré à la publicité par l'imprimerie.

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PROCES-VERBAL remarquable des vols et pilleries qui ont été commis dans l'Eglize cathédrale de Saint-Pierre de Lisieux par les malheureux huguenots en l'an mil cinq cents soixante et deux.

Articles que donnent à justice les doyens, chanoines et chapitre de l'églize cathédrale Saint-Pierre de Lisieux pour sur y ceux informer et examiner les témoins qu'ils entendent produire aux fins de leurs interests à lencontre de Guillaume Hautmer, sieur de Farvacques, Louis d'Orbec, baillif d'Evreux, Jacques Faucon, un des receveurs de la ville de Lisieux, Nicolas Danet, Roland de Longchamps, et Pierre, son fils, Richard Cochon, Pierre et Nicolas dits Duval, Jacques et Etienne Jouas, Binot Paulmier, Guillaume et Pierre Paulmier avec leurs enfants, Olivier Lalier, Olivier Carrey, tabellions royaux, Christophe Merieult, sergent, et son frère, Robert Fouque, Robin Carrey, Regnault Castel, Nicolas Duval, apotiquaire, Guillaume Lebas, Guillaume Bertre, Richard Buchard, Jean Heutes, Nicolas Vesques, Pierre de La Salle, Jean Beren, boulanger, Guillaume Champagne, un nommé Couture, pelletier, Pierre Vattier, portier, Robert Poterne, Jacques Rabot, serrurier, et plusieurs autres adjoints qui ont donné entrée, aide, conseil et conduite pour dans ladite Eglize briser les images, ravir les calices, colliers et autres joyaux de ladite Eglize, et enfin pour soustraire des livres, lettres, titres, enseignements et autres choses ordonnées pour l'usage du service divin, dont plus amplement pourroient iceux du Chapitre bailler déclaration si besoin est au Parlement avec leurs conclusions ainsi qu'ils aviseront bien.

PREMIEREMENT.

Lesdits sieurs du Chapitre rencontrent que pour la conservation du bien de leur église et pour la continuation du service divin ils avaient mis dans ladite église jusque au nombre de dix ou douze personnes, pour la garder, ayant été advertis que ceux de l'Eglize nouvelle avoient formé le dessein d'y entrer par force, nayant aucunement égard a ce qui avait été fait a Rouen et autres lieux.

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Item que le cinquième jour de may mil cinq cents soixante et deux, les deux chanoines faisant le service divin ainsi qu'ils avoient accoutumé, arrive Louis d'Orbec, écuier baillif d'Evreux, de l'églize nouvelle avec sa compagnie armés de pistolets, épéez et plusieurs autres armes avec lequels estaient le sieur de Cerquigny, le sieur de la Cressonnière, Me Richard Buchard, Jacques et Etienne Jouas, Pierre Delasalle, Pierre de Longchamps, Guillaume et Binot Paulmier, Robert Lebailli, Robin Carrey et autre grand nombre. Ledit d'Orbec s'adresse aux sieurs du Chapitre et pour leur parler fist discontinuer le service divin, disant qu'il avoit commission sans davantage déclarer le contenu d'icelle, et poursuivant son discours avoit commandé aux chanoines de cesser la garde qu'ils avoient portée dans leur églize et pour cette fin lui rendre les armes, qu'il était commandé de faire ouverture de ladite églize pour se saisir des armes et munitions qui y estoient, le tout sous sous peine de la vie. Ledit d'Orbec ne fist aucune exhibition d'aucune commission du Roy d'avoir pouvoir sur l'autorité du seigneur qui lui remontra doucement que la garde que les sieurs du Chapitre avaient postée estoit pour éviter a un inconvenient dont ils auroient été advertis et non pour offenser personne. Cependant ledit baillif et ses adjoints s'efforcèrent d'outrager ceux de la garde, en sorte qu'ils furent contraints de monter aux voutes de ladite Eglize et furent si intimidez qu'ils furent obligés de se retirer en leurs maisons laissant la garde qu'ils avoient promis de faire.

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Item que le jour de l'Ascension de Notre Seigneur, le sept de may 1562, sur les neuf heures du soir, ceux de l'Eglize nouvelle s'étoient saisis par force des clefs de toutes les portes de la ville , les fermant et ouvrant tant de nuit que de jour à toutes et telles personnes que bon leur sembloit.

4

Item que le lendemain huitième dudit mois de may Pierre Duval, Olivier Lalier, maître Richard Buchard, Christophe Merieult, se disant avoir été commis de ladite Eglize nouvelle par commune délibération faite en la maison de ville ledit jour, présence d'aucuns habitants de la ville s'adressant à quelqu'uns du Chapitre disant vouloir conférer avec eux et leur faire entendre qu'ils avoient été advertis qu'il y avoit un grand nombre de voleurs dans la campagne qui s'acheminaient vers ladite ville pour sacager les églizes apportant pour raison ce qu'il s'était passé à Rouen et plusieurs autres endroits et que ainsi il étoit nécessaire d'y avoir l'oeil ce qu'ils ne pouvoient faire si ceux du Chapitre et ceux qui étaient du party de l'Eglize romaine ne vouloient conférer avec eux de l'Eglize nouvelle pour la garde de ladite ville, disant en outre qu'ils avoient été advertis que en l'églize Saint-Pierre il y avoit grand nombre de personnes armées avec munitions que les chanoines auroient mis pour offenser ceux de l'Eglize nouvelle lesquels ne pourroient sassurer des sieurs du Chapitre sans faire visiter leur Eglize.

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Item qua l'instant mesme lesdits de l'Eglize nouvelle s'étoient retirés en la maison de ville ou étoit leur ministre et autres de leur faction pour leur faire entendre ce qu'ils avoient veu et trouvé en l'Eglize.

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Item ledit jour huit de may et la nuit ensuivant ceux de l'Eglize nouvelle tenant les quatre portes ouvertes firent entrer grand nombre de personnes jusques à trois cents et plus dans ladite ville qui venaient de Honfleur, de Pont-levesque, Cormeilles, Farvacques, Prestreville et autres lieux, par la diligence qu'en avoit fait ledit Richard Cochon porteur de lettres missives à cette fin envoyées par ceux de l'Eglise nouvelle.

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Item que le neuvième jour dudit mois à la sortie de la maison de ville ou ceux de l'Eglize nouvelle setoient joints avec cceux qu'ils avoient fait venir, lesquels sur les neuf ou dix heures du matin tous d'un commun accord armés de toutes sortes d'armes comme pistolets, halebardes, piques et autres instruments, comme chiens enragés entrèrent par force dans ladite Eglise de Saint-Pierre, rompirent les autels et images, ravirent calices, reliques et autres joyeaux d'or et d'argent, brulèrent chappes, ornements, nappes et autres linges, de plus rompirent bahuts, coffres, armoires et buffets dans lesquels étoient les lettres, titres, enseignements des fondations et augmentations de ladite Eglise et prirent plusieurs autres biens ordonnés pour l'usage du service divin desquels biens a été faite plus expresse mention tant en ces articles que autres procez-verbaux, qui en ont été faits par autorité de justice, lesquels biens et titres ont été par les susdits brulés et réduits en cendres.

8

Item sur ce et ainsi que se faisoit ledit sacagement de ladite Eglize et combustion des biens d'icelle fut oté par un bourgeois de cette ville par force et violence à quatre femmes de bien de cedit lieu grand nombre de linges, nappes et autres ordonnées pour lusage du service divin que lesdites femmes vouloient sauver du feu, ledit les arresta à la porte pour sortir et ayant pris les linges les jeta au feu avec les autres biens d'ycelle Eglize.

9

Item que un nommé maître Antoine Laugeois dit de La Cornerie, de la paroisse de Cormeilles, estant conducteur et capitaine de la compagnie qui vient dudit lieu de Cormeilles pour faire le sacagement et démolition en ycelle Eglize ayant la halbarde à la main commandoit et disoit tout ce qu'il pouvoit de sa menée jusque à la fin du sacagement et démolition.

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Item par semblable étoient présents comme conducteurs Guillaume Paulmier fils de Binot, Robert et Pierre ses frères et autres de leur entreprise assistèrent à la démolition avec les arquebuses et pistolets dont ils s'étoient servis plusieurs fois dans ladite Eglize pour tirer contre le crucifix et autres images et aidèrent à mettre au feu les lettres, linges et ornements à l'usage de ladite Eglize.

11

Item que ceux de l'Eglize nouvelle par les mains de Pierre Duval, Me Guillaume Bertre et Pierre Des Longchamps ayant la charge de la bourse commune, ayant satisfaict ceux qu'ils avoient fait venir des lieux cy-dessus nommez, ayant payé la dépense qu'ils avoient faite durant le temps de trois ou quatre jours qu'ils avoient resté à la ville fouillèrent dans les maisons de la fabrique d'ycelle Eglize et autres lieux et endroits, la dépense dont il est parlé cy-dessus fut faite aux maisons de Regnaud Dosti tavernier où pend pour enseigne le fallot d'or et de Richard Cochon ou semblablement pend pour enseigne l'image saint Martin tenant le parti de l'Eglize nouvelle et recevant ordinairement toutes les personnes qui étoient mandez de leur secte pour donner aide et confort à ceux de l'Eglize nouvelle, lesquels rencontrant quelques hommes de l'Eglize romaine le long des rues de la ville faisoient outrages à leurs personnes et tellement qu'ils n'osoient sortir de leurs maisons qu'ils ne fussent injuriés administrant lesdits Dosti et Cochon à ceux de l'Eglise nouvelle et aux personnes ainsi mandez chair et viande sans faire différance des jours.

12

Item que la maison dudit Regnaud Dosti et Cochon étoient ordinairement revêtus lesdits séditieux gens mal sentant de la foi fait et souffrir les prêches en leurs maisons, baptêmes et mariages, et pour la grande multitude qui avoient assisté en leur telle cesne ou saisie de la démolition et sacagement et autrez péchez avaient loué et pris à prix de denier chez les habitants de leur secte grand nombre de tables, vaisselle, linges et autres ustensiles pour faire leurs festins et banques.

13

Item non contents lesdits de l'Eglize nouvelle de n'avoir trouvé que partie des reliques, calices, joyeaux et autres biens de ladite Eglize se saisirent des clefs d'ycelle en demeurant en la garde et saisie de Guillaume Paulmier et de Jacques Jouas dit Lépine depuis le 10e jour de may jour de ladite démolition jusqu'au dimanche seizième jour dudit mois que par ordonnance faite par monseigneur le duc de Bouillon, lieutenant pour le Roy et Gouverneur pour la Normandie le quinze dudit mois que les gens de l'Eglize romaine retournèrent en leur Elize pour la continuation du service divin et fut ordonné que les clefs de la grande porte de ladite Eglize proche l'entrée du Palais seroit seulement baillée par lesdits Paulmier et Jouas pour faire ledit service, lequel service avait continué jsuqes au dernier jour de may qu'ils avoient été forcez par ceux de l'Eglise nouvelle de discontinuer ledit service divin et de sortir hors la ville, de laisser leurs biens et maisons desquels tost après lesdits sieurs Farvacques et autres grands nombres de gens qu'ils avoient emmonez même Le Prevost Saint-Leger s'étoient emparés de leurs maisons et avaient disposé de leurs biens à leur volonté et plaisir.

14

Item que ledit Jacques Jouas dit Lepine, Pierre Vattier, Jacques et Robert dits Rabot, frères, par commission qu'ils disoient avoir recu de l'Eglize nouvelle s'étant adressez a noble personne maitre Robert de Blosset et Jacques Sainctard chanoines ayant pistolets le chien rabattu sur les cinq heures du soir les sommant de vider leurs maisons dans les sept heures du soir sur peine de la vie, sans rien enlever ny deplacer avec deffence sur ladite peine de rentrer en ladite Eglize ny les autres chanoines, vicaires et chapitre pour y faire aucun service, et a l'instant est arrivé Jacques Faulcon accompagné de grand nombre de personnes armez de diverses sortes de batons lesquels avoient usé de pareilles menaces et injures à l'encontre desdits chanoines, leur disant qu'ils s'en allassent sils n'avoient envie de perdre la vie, qu'ils ne sattendissent pas de rentrer dans ladite Eglize pour faire le service divin puisque leur Eglize lavoit ainsi conclu, entendant parler de leur Eglize nouvelle.

15

Item que le dernier jour de may que lesdits Sainctard et de Blosset setant adressez audit sieur de Farvacques qui se disoit capitaine en la ville, auquel ils avoient fait entendre le commandement qui leur avoit esté fait par ledit Faulcon, et les associez de sortir de leurs maisons, lequels de Farvacques leur auroit fait réponce qu'ils ne scavoient mieux faire que de se retirer et que luy et lEglise nouvelle avoient conclu ce matin en sa présence que ne demeureroit ny chanoines, ny prestres dans la ville et quelle ne seroit jamais en repos tant que la vermine de prestraille nen fûst dehors, quoy voyant lesdits chanoines être en danger et périil de leurs personnes furent contraints d'abandonner le service divin, leurs biens et leurs maisons.

16

Item lesdits sieurs du chapitre ayant advertissement dune telle conclusion avoient présenté requeste audit de Farvacques narratives des tors, excès et violences qu'il leur avoit été faits selon le contenu en ycelle, laquelle il avoit gardée l'espace de huit jours sans y donner aucune reponce sinon qu'en la rendant il avoit dit usant de ces termes : Il ne faut pas que le chapitre de Lisieux sattendent que je sois jamais contre la religion, voulant parler de l'Eglize nouvelle, et que sil étoit besoin de porter les armes pour cette querelle il n'auroit pas opinion de faillir ny de peine dy manquer, disant qu'il ne permetteroit jamais ayant la charge de capitaine de la ville qu'il y fut dit de messe.

17

Item voyant lesdits sieurs du chapitre navoir eu ordonnance sur leur requeste présentée au sieur de Farvacques setaient retirez vers ledit sieur de Bouillon le neuvième jour de juin dernier et lui presentèrent une autre requeste au pied de laquelle étoit écrit permission aux sieurs du chapitre de faire et scavoir par information les plaintes, tors et violences et empeschements mentionnez en ycelle.

18

Item pour mieux continuer ledit sieur de Farvacques son entreprise à l'encontre desdits sieurs du chapitre et bien de l'Eglize seroit allé en leur Eglise et autres maisons de la ville tenant party de l'Eglize romaine, auroit par force et violence empesché le service divin, pris toutes les armes, munitions et batons de defence qu'ils avoient en leurs maisons pour leur defence seulement, lesquels armes et batons furent distribuez a telles personnes de lEglize nouvelle comme bon lui avoit semblé.

19

Item le vingt-deuxième de juin dernier ledit de Farvacques accompagné d'Olivier Carrey, Pierre Desmarets et autre grand nombre tous armez entrèrent par force et par violence en la maison d'honnête personne maître Nicolas Lepetit, advocat auquel avoit été donné en garde par authorité de justice, ainsi que lesdits du Chapitre ont entendu un livre appelé La Majesté relié d'aisserie, couvert de lames d'argent dorey, enrichy de pierres précieuses et même du bois de la vraye croix de Notre Seigneur, portant ycelui livre les Evangiles dont se fait lecture à la messe des festes solennelles et annuelles lequel ils auroient pris de force et seroient lesdits de Farvacques, Desmarets et Carrey saisis de ladite maison et les biens qu'ils avoient trouvés jetés et éparties par les chambres afin de trouver ladite Majesté.

20

Item le sieur de Farvacques n'étant content de ce qu'il avoit fait en ladite ville avoit donné entrée au sieur Dagneaux avec sa compagnie au nombre de quatre-vingts hommes, lequel sieur Dagneaux et ses complices avoient été fait venir et amenez le sieur Desmarets leur distribua les demeures dans les maisons des chanoines et bourgeois tenant le party de l'Eglise romaine pendant le temps de trois jours disposant à leur volonté des bien desdites maisons en pillant et laisant piller entièrement tous et chacun prirent leurs robes, ornements, linges, vaisselles, livres, leurs titres et enseignements qu'ils firent bruler et consumer en cendres, après quoy le sieur de Farvacques et ceux de sa menée accompagnèrent le sieur Dagneaux pour saccager l'Eglise et le prieuré de Saint-Philbert-sur-Rille, du nombre desquels étaient Robert Carrey et Etienne Jouas, un nommé Qui-va-là et Jean Biron.

21

Item ledit de Farvacques de son autorité s'est saisi des poudres du Roy estant en la maison de ville de Lizieux et par le commandement dudit sieur emportez et fait conduire avec six arquebuses à croc de fonte appartenant aux habitants de la ville de Lizieux dont il étoit encore saisi.

22

Item ledit sieur de Farvacques de son autorité a fait faire ouverture du Chapitre de ladite Cathédrale, clos et enfermé à quatre clefs baillez en garde et distribuez par ycelui bailli de Lizieux à quatre bourgeois savoir à Jean Bertre, Robert Vimont et Philippe Lange tenant le party de l'Eglize romaine, et à Nicolas Duval l'un des chefs tenant le party de l'Eglize nouvelle, dans lequel Chapitre était enterré la chase et reliquaire de monsieur saint Ursin et autres corps saints, icelle chasse de grande étoffe était revestue d'une lame d'argent doré et enrichie aux bouts et costéz des apostres et autres saints relevez en bosce d'argent doré enrichis de grosses pierres précieuses au haut de laquelle il y avoit des aboutissements enrichis de plusieurs sortes de pierres de grosse valeur, laquelle chasse fut devestue de la lame d'argent qui pesait pour le moins cinq cents marcs non compris la dorure et pierreries.

23

item ledit sieur de Farvacques fist faire ouverture de ladite chasse par force et fist rompre la serrure par un nommé Gaillard de cette ville, disant qu'il voulait voir dedans, disant encore ledit Farvacques en paroles : On dit si j'avois faist ouvrir cette belle chasse je ne viverois pas demie an ; quand je devrois mourir, je la fairé ouvrir, et l'ouverture en estant faite, il y trouva trois sacs de cuir de cerf pleins d'ossements de Saint-Ursin et autres saints scelez du sceau de Monsieur Destouteville, de son vivant Evêque et Compte de Lizieux, lesquels trois sacs ledit de Farvacques tire avec irrévérence de ladite chasse en se moquant de la perte qu'avaient faite les Chanoines en ycelles reliques, en coupa les cordes en mettant les mains dessus par dérision et mocquerie, disant se sont des os de cheval et les autres disoient que c'était des os de chien et de mouton, et en outre se servoient de telles paroles sadressant aux chanoines : Tous vos ossements vous ont servi a gagner de l'argent, vous avez metier d'en gagner d'autre car celui cy est perdu ; si vous ne les emportez ils seront brulez et consumez en cendre.

24

Item que ladite chasse ayant été mise en ladite fosse étoit couverte et revestues de la dite lame d'argent, en cette chasse estoit le reliquaire du bras de saint Ursin enchassé en argent doré ou il y avait pour le moins trente marcs d'argent avec un grand nombre de pierreries, et avec ladite chasse il y avait trois calices d'argent doré pesant douze marcs qui furent pris et volez dans ladite Eglize et Chapitre.

25

Item sont près d'affirmer leur avoir esté mal prins grand nombre de joyeaux, reliques, colliers et autres biens qu'ils avoient fait mettre dans une cave des maisons de la Fabrique joint de l'autre côté dudit Chapitre.

26

Cest a scavoir une image de Notre-Dame, d'argent doré massive du poids de cinquante marcs.

27

Item un tabernacle d'argent doré ou lon portait le Corpus Domini le jour de Saint Sacrement paisant vingt-cinq marcs.

28

Item une custode en façon de piramide ou l'on mettoit la sainte Hostie reposez sur le grand hostel d'argent massif paisant quatre-vingt-treize marcs.

29

Item une coupe d'argent doré couverte où l'on portait par semblable le Corpus domini aux chanoines malades paisant cinq marcs.

30

Item deux croix d'argent doré dont l'une fort pesante et enrichie de pierreries en laquelle il y avait du bois de la vraye croix de Notre Seigneur du poids de vingt-cinq marcs et l'autre de quinze marcs.

31

Item un bassin d'argent doré du poids de trente marcs.

32

Item six chopinettes d'argent doré servant à l'Eglize du poids de six marcs.

33

Item la mitre du chef du grand saint Ursin d'argent doré fort enrichie de rubis, diamants et autres pierres précieuses de grande valleur estimez à deux cents écus sans y comprendre l'argent, ladite mitre pesant trente marcs.

34

Item un grand calice d'argent doré fort riche pesant pour le moins dix-huit marcs.

35

Item une crosse de grande étoffe d'argent doré pour le moins estimée à mil cinq cents livres non compris la mitre de drap d'or garnie de rubis, de diamants, perles et autres pierres précieuses servant à lEvêque lorsqu'il disoit la sainte messe en faisant son office.

36

Item deux heures où l'on disoit les épitres et évangiles reliés d'ais, couverts de lames d'argent doré enrichies de pierreries appelées Majestés qui pouvaient valloir chacune cent écus.

37

Item deux bâtons à porter les croix couverts de lames d'argent vallant chacun deux cents livres.

38

Item deux candélabres d'argent doré en certains endroits que les enfants de coeur portoient aux festes annuelles et solennelles pesant seize marcs.

39

Item que peu de temps après un nommé Mathieu de Coutance se seroit adressé aux bourgeois de cette ville de Lizieux auxquels il auroit offert à vendre l'argent des bâtons à porter la croix cy-dessus mentionnez et autre argent provenant de l'argenterie perdue en ladite Eglize.

40

Item ledit sieur de Farvacques continuant son entreprise de pis en pis à fait prisonniers deux pauvres malades de la maladie dont étoit réclamé saint Ursin, les a fait fouetter par les carfours de cette ville par son authorité ou autrement a sollicité et fait solliciter les pauvres malades de dire et raporter que les chanoines de ladite Eglize leur avoyent donné de l'argent pour faire les malades le jour de saint Ursin.

41

Item le même jour de Monsieur saint Ursin, lesdits du Chapitre ont certains priviléges en ladite ville pendant la foire, c'est asavoir toute justice et juridiction de tout ce qui s'offre durant ledit jour, prendre et percevoir tous les droits de coutume, traverses, péages et autres droitures, de pourvoir aux offices et polices comme aulnage, poids et ballence, visitation sur le pain et vin ainsi que de tous temps en ont eu possession valable, et néanmoins ledit sieur de Farvacques par entreprise torsionnaire et déraisonnable avoit disposé de tout, pris tout et chacun les émoluments et profitz tout ainsi qu'avoient de coutume lesdits du Chapitre fait appliquer à leur profit.

42

Item ledit de Farvacques pendant qu'il a esté dans ladite ville a fait plusieurs outrages aux gens de lEglize particulièrement à un pauvre prêtre nommé Regnault Costentin, lequel pour l'avoir trouvé celebrant la messe et prins en la maison d'un bourgeois l'avoit fait mener et conduire par les rues revetu des ornements sacerdotaux jusque en la prison ou l'avoit fait mettre ledit Farvacques portant le calice par les rues en toute derision et mocquerie le montrant de la même manierre qu'on a accoutumé de faire à la sainte messe.

43

Item parce que ledit de Farvacques ne pouvoit bonnement faire tout ce qu'il eust voulu usant de menaces, disant ou la force lui demeureroit ou il mettroit le feu aux quatre coins de la ville jurant et blasphémant le saint nom de Dieu, usant de ces termes.

44

Au male m'en veut mais par le corps Dieu je luy marcheray sur le ventre s'il prend son chemin verr Lizieux, je seray toute ma vie de l'Eglise nouvelle en dépit de lui et ne permetteray pas qu'on dise la messe en cette ville ny autres lieux ou j'auray puissance, s'il vient pour entrer en cette ville je feray des remparts de la prestraille et des papaux.

45

Item ledit de Farvacques a fait plusieurs entreprises et excès en ladite ville non seulement depuis l'ouverture de ladite Eglize nouvelle, mais de tout le temps de sa vie et pendant qu'il a fait sa résidence en cette ville a toujours esté autheur des séditions qui s'y sont faites, faisant venir le ministre nommé Castel, moine défroqué ddes Carmes de Rouen, avec une femme qu'il amena et paya le banquet de noces, les a nourris et entretenus dans la maison, la fait prédiquer en ladite ville contre l'ordonnance du Roy, a assisté aux saccagements des Eglizes et temples de ladite ville, a fait venir ceux qui ont aidé à faire lesdites démolitions et y a esté présent.

46

Item iceluy Faulcon et Pierre Dulongchamp son commis ont fait plusieurs ports d'armes en ladite ville et ont assemblé plusieurs de leurs complices pour estre au saccagement qui a esté fait de l'Eglize Saint-Léonard de Honfleur et lui-même portoit les armes pour la garde du Havre de Grâce contre l'authorité et commandement du Roy.

47

Item continuant ses entreprises et satribuant la qualité de lieutenant dudit de Farvacques pour sa menée avoit été commis a la garde des portes de cette ville, en premier lieu pour la porte de Paris, Nicolas Le Dorey, pour la garde en son absence Richard Cochon, pour la porte d'Orbec Pierre Delasalle, François Jacob et Pierre Desmarets, pour la garde de la porte de Caen, ledit Faulcon, Roland Deschamps et ledit Pierre son fils, tous de l'Eglize nouvelle.

48

Item ledit Faulcon et ceux de sa menée ayant entendu que Monseigneur le duc d'Aumale s'acheminait vers la ville de Lizieux pour la mettre en paix, aurait malheureusement lui et ses complices occis et meurtri un nommé Hubert, pauvre homme tenant le party de l'Eglise romaine, et après lui avoir donné lui et son fils plusieurs coups de pistolets exprès, disant qu'il en faloit faire autant à ceux qui tenoient le party de l'Eglise romaine, menaçant les chanoines qu'ils ne rentreroient point en leur Eglize qu'avec main forte et qu'il les brûleroit tous dans leurs maisons.

49

Item sur ces propos s'est retiré ledit Faulcon et ledit Castel avec grand nombre de leur prétendue Eglize nouvelle. Estant arrivée au faubourg Saint-Denis firent bonne montre et après ycelle faite prirent leur chemin vers le Havre-de-Grâce après avoir usé de force et violence a l'encontre des pauvres gens qui venoient à la ville pour leurs affaires, leur ostant leurs bestes pour les porter, leurs armes et leurs manteaux et autres inciviles menaces.

50

Item lesdits du Chapitre en tant que servir leur peut, s'aidant des procez-verbaux faits tant par monsieur Guillaume Delaporte, licentié aux droits, que par noble homme messire Philippe de Pont-Molin, licentié aux droits, baillit de Lizieux auxquels procès sont en particulier et par ce mesme grand nombre de biens qui avaient esté mal prins et derrobez aux sieurs du Chapitre ensemble de la visitation d'ycelle Eglise estimation et apresciation des biens qui auroient été brutez, ravis et emportez, ainsi ils s'aident autant que besoin est ou seroit et que servir leur peut des procez faits et affirmez a l'encontre de ceux qui se trouveront chargez d'avoir mal prins les biens de ladite Eglise dont ils protestent faire caution et bailler conclusion ainsi qu'ils adviseront bien.

Ces présents articles ont esté sinez par moy soussiné scribe du Chapitre de Lizieux par le commandement et ordonnance des Messieurs précédents cejourd'huy treize dudit mois d'aout, lan mil cinq cents soixante et deux, siné Gosselin, avec paraphe.

Ces présents articles mis vers justice par vénérable et discrète personne maître Thomas Chrétien, chanoine de Lizieux tant pour luy que pour les autres chanoines dudit lieu le treize d'aout 1562, siné de Pontmolin et Chrétien avec paraphe.

Lesdits articles tous a la reservation de l'avocat le procureur requiert qu'il soit informé du contenu auxdits articles pour après l'information faite d'apporter et venir conclure ainsi qu'il appartiendra. Faict ledit jour et an et siné Delaporte et Heulley, tous deux avec paraphe.

Veu par nous les présents articles avec la conclusion des officiers de cette comté et interrinant yceux avons dit et ordonné qu'il sera informé sommairement et de plain du contenu en yceux articles à cette fin mandement accordé auxdits du chapitre.

Faict par nous, baillif de Lisieux et commissaire du Roy en cette partie, ce treizième jour d'aoust mil cinq cents soixante et deux. Siné de Pontmolin, avec paraphe.

Collation faitte et au-dessous siné une M. P. avec paraphe, et plus bas deux grandes R. R.

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Les désordres commis par les protestants, lisons-nous dans l'Histoire de Lisieux, de M. Louis Du Bois, ne demeurèrent pas longtemps impunis. Sur les plaintes portées par les chanoines de la cathédrale, un certain nombre "de séditieux qui, à Lisieux, à Cormeilles, à Pontaudemer, avaient saccagé les églises, furent menés par charretées à Louviers, où ils ne devaient pas longtemps languir".

En effet, dès le mois d'août, puis en septembre et en octobre, le Parlement de Rouen rendit plusieurs arrêts condamnant la plupart des accusés à la potence et même au supplice de la roue. C'étaient en général des hommes des dernières classes du peuple qui furent l'objet des plus cruelles condamnations : on nomme parmi eux Jean Heuttes, marin ; Jacques Legras, ceinturier ; Laurent Logier, charpentier. "Ces malheureux, dit M. Floquet, dans son Histoire du Parlement de Normandie, t. II, p. 432, avaient été mis en mouvement par de plus grands qu'eux, par un sieur de Fervaques, par un Louis d'Orbec, sieur de Bienfaite, bailli d'Evreux, par les sieurs de Cerquigny, d'Aigneaux, de la Cressonnière, et quelques autres gentilshommes plus ou moins puissants et protégés".

A. T.

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