LEMAÎTRE, Charles Ernest (1854-1928) :  L’ Bras tendu et la Goule ouverte (1917).
Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (19.V.2006)
Relecture : Anne Guézou.
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Orthographe et graphie conservées.
Texte établi sur l'exemplaire de la médiathèque (Bm Lx : Norm 299) des Joyeux Bocains : contes drolatiques en patois bas-normand par Ch. Lemaître, le Chansonnier du Bocage avec préface d'Arthur Marye et illustrations de Levavasseur et R. Thurin. publié à Caen chez Bonnaventure et Jouan en 1917.

L’ Bras tendu et la Goule ouverte
par
Charles Lemaître


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A Mademoiselle Elisabeth Pavie.


    Quand j’épousis ma p’tit’ Julie,
    Olle avait bi dix ans d’ moins qu’ mé,
    Mais dame, olle était si jolie,
    Qu’o m’ faisait fair’ tout c’ qu’o voulait ;
    Olle était p’t’être un brin gouermande
    De c’ qu’ poussait dans man gardin,
    Et mé, cairgnant sa réprimande,
    J’ n’osais jamais l’ r’fuser rin ;
    J’ l’i baillais donc, cha fut ma perte,
    Dé biaux boubons ferm’s et dodus ;
   
    J’avais souvent man bras tendu
    Et elle terjous la goule ouverte !

            _____

    V’là quinze ans que j’ somm’s en ménage
    Et cha n’ m’a guère avantagi,
    J’ commench’ déjà à prendre d’ l’âge,
    Mé paur’s cheveux sont tout blanchis ;
    Hélas ! j’ n’ai pas la mein’ bi fière,
    Quand ma femm’, qui veut d’ qué chuchi,
    En r’gardant dans ma bobonnière,
    N’y trouv’ que deux marrons glachis ;
    Adieu, lé jolies prâlin’s vertes,
    Mé paur’s boubons sont tout fondus.

    Et quand ej’ n’ai plus l’ bras tendu,
    Julie a co la goule ouverte.

            _____

    J’ vas vos avouer, en tout’ franchise,
    Que j’ comptais bi tout bontiv’ment,
    Qu’étant à court de fériandise,
    Ma femm’ s’en pass’rait facil’ment.
    Là-d’ssus, j’ la cairyais bi tranquille,
    A l’abri d’ tout’s lé tentations,
    Quand v’là qu’ l’autr’ jou, sous not’ charmille,
    J’ l’ai prinse à mangi dé boubons,
    D’avec un gas, sous lé branqu’s vertes,
    O l’s avalait d’un air goulu.

    Il avait l’ bras terjous tendu
    Et ell’, la goul’ tout’ grande ouverte ! 


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