GRAVIER, Gabriel (1827-1904) : Notice sur Jean Vauquelain de Dieppe, Lieutenant de vaisseau (1727-1764) d’après M. Faucher de Saint-Maurice.- Rouen : Imprimerie de Espérance Cagniard, 1885 - 30 p. ; in-8°.- (Extrait du Bulletin de la Société libre d’Emulation du Commerce et de l’Industrie de la Seine-Inférieure -deuxième partie 1884-1885).
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Notice sur Jean Vauquelain de Dieppe,
Lieutenant de vaisseau (1727-1764)
d’après
M. Faucher de Saint-Maurice
par
Grabriel Gravier

~*~

LE 23 juin 1885, La Presse, de Montréal, a publié un long article de M. Faucher de Saint-Maurice, député au Parlement, sur Jean Vauquelain, de Dieppe, capitaine de vaisseau. Mon ami, M. Benjamin Sulte, s'est empressé de me l'envoyer, sachant bien qu'il me ferait le plus grand plaisir.

J'en aurais désiré la réimpression intégrale, mais le règlement de notre Société ne l'a pas permis. Par bonheur, il est avec les règlements, comme avec le ciel, des accommodements. Au lieu de publier ce travail in-extenso, j'en donnerai tantôt des résumés, tantôt des extraits, étant bien entendu d'ailleurs que tout, sauf une ou deux réflexions, vient de M. Faucher de Saint-Maurice.

Dans l'oeuvre de M. Faucher de Saint-Maurice, comme dans toute la littérature franco-canadienne, on sent un souffle patriotique, un amour, un culte de la France qui m'émeut profondément.

Nous avons abandonné les Franco-Canadiens malgré leurs efforts héroïques pour rester Français. Ils ne demandent pas aujourd'hui à nous revenir. Cependant ils conservent toujours, pieusement, jalousement, notre langue, notre littérature, nos moeurs, nos croyances ; la France est toujours leur patrie, la terre sainte que tous désirent fouler au moins une fois en leur vie.

Prêtez l'oreille aux accords harmonieux de la lyre de Louis Fréchette, aux mâles accents de Benjamin Suite, aux captivants récits de Faucher de Saint-Maurice ; ouvrez Garneau, Chauveau, Joseph Tessé, tous, tous sans exception, poètes, historiens, journalistes, orateurs, chantent et glorifient la France.

Pénétrez dans les profondeurs des couches sociales, sur toutes les lèvres vous entendrez vibrer le nom vénéré de la France.

« Et si quelqu'un veut savoir maintenant jusqu'à quel point nous sommes Français », s'écriait le regretté 0. Dunn, le 14 octobre 1870, « je lui dirai : Allez dans les villes, allez dans les campagnes, adressez- vous au plus humble d'entre nous, et racontez-lui les péripéties de cette lutte gigantesque qui fixe l'attention du monde ; annoncez-lui que la France a été vaincue, puis mettez la main sur sa poitrine, et dites-moi ce qui peut faire battre son coeur aussi fort, si ce n'est l'amour de la patrie.

» Oui, la France est encore notre patrie. Nous le sentons vivement aujourd'hui qu'elle traverse la plus terrible des épreuves. Vraiment nous ignorions peut-être nous-mêmes la force de notre affection pour la France, et nous ne savions pas que ses défaites pourraient nous attrister à ce point ; on dirait que chaque revers de ses armes nous atteint dans nos personnes ; ses douleurs sont nos douleurs, et Dieu sait avec quelle impatience nous attendons le jour de son triomphe pour chanter l'hymne d'allégresse, jour qui, certainement, je le crois pour ma part, luira bientôt, quelles que soient les apparences du moment » (1)

Ces sentiments, qui font autant d'honneur à la Nouvelle-France qu'à la France, ont dicté à M. Faucher de Saint-Maurice la biographie de Jean Vauquelain.

Dans l'un de ses voyages en France, M. Faucher de Saint-Maurice a mis la main sur un ouvrage contenant des renseignements sur l'officier qui commandait l’Atalante, le 17 mai 1760, au terrible combat de la Pointe-aux-Trembles. Il commence aussitôt des recherches, et il a le bonheur de reconstituer la vie de l'un des plus brillants officiers de la marine de Louis XV. Laissons-lui la
parole :

« Fils d'un de ces armateurs dieppois, moitié corsaires, moitié marchands et les meilleurs marins de l'époque, Jean Vauquelain naquit à Dieppe en 1727. Dès l'âge de douze ans il était à bord du navire de son père et partait pour les Antilles, où, pendant six années, il fit d'heureuses croisières, se rompant, sous l'oeil paternel, aux rudes travaux de la mer, apprenant la manoeuvre, la théorie, la pratique, et formant sa volonté et son esprit à l'art difficile qui, désormais, avait pris sa vie. Son père se sentait revivre avec orgueil dans ce mousse qui promettait, et une circonstance vint confirmer ses espérances. En 1745, le bâtiment qu'il montait fut attaqué par une frégate anglaise. On était ce jour-là à la hauteur de la Martinique. L'anglais était supérieur au français, en hommes, en canons et en vitesse ; mais le père Vauquelain était un vieux loup de mer, car la chronique du temps ajoute, en parlant de lui :

« Ce capitaine marchand savait se battre. Tout occupé qu'il fut dans ce combat, où il n'avait que trente-six hommes et douze canons à opposer à une frégate de vingt canons et de quatre-vingts hommes d'équipage, il ne perdit pas pour cela de vue la manière dont son fils se comportait. Et ce père fut plus sensible au sang-froid et à la bravoure de ce jeune homme, âgé alors de dix-huit ans, qu'à la gloire d'avoir forcé son ennemi à se retirer. »

Cinq ans plus tard, le jeune Vauquelain pouvait commander au long-cours. Il acheta un navire et fit la traite des épices avec l'Amérique. En 1756, la guerre étant déclarée, le ministère de la marine demande le nom des officiers capables de commander sur les vaisseaux du roi.

« Vauquelain fut le premier désigné. A vingt-neuf ans, il avait le commandement d'une frégate légère.

» Ses instructions portaient qu'il devait « aller à la découverte sur les côtes anglaises, y examiner les mouvements de leurs escadres, les routes qu'elles prendraient, et apporter ou rapporter selon le cas les paquets qu'on lui remettrait à des hauteurs indiquées ».

» Il n'y a qu'un marin pour pouvoir se rendre compte des difficultés d'une aussi pénible et délicate consigne. Par tous les temps il faut tenir la mer. Les coups de vent, les brouillards les plus intenses, les ouragans redoutés par les autres camarades sont alors les bienvenus pour le commandant qui taille en pareille besogne. Brumes et tempêtes n'aident-elles pas au hardi capitaine à se défiler de l'ennemi, à passer à travers ses lignes sans être signalé et à mener à bonne fin une mission d'où dépend le sort d'une escadre ou d'un pays ?  

» Vauquelain avait le génie des déguisements qu'il faut prendre, des manoeuvres et des coups d'audace qu'il faut faire en semblable occurrence.

» A peine tenait-il la mer depuis quelque temps, qu'au retour d'une de ses périlleuses croisières, il reçut — par commission — du ministre de la marine, le commandement de l'Aréthuse, frégate de trente canons. Elle était attachée à l'escadre chargée de ravitailler et de défendre Louisbourg, menacé par les Anglais. »

C'était encore une commission, non un brevet. Il pouvait tenir la mer en qualité de corsaire, mais il ne pouvait prétendre à aucun avancement dans la marine de l'Etat. Cela ne satisfaisait pas son ambition, mais qu'importe !

« Le 9 juin 1758, l'Aréthuse jette l'ancre devant Louisbourg. Vauquelain s'est rappelé son hardi métier d'éclaireur. Sa frégate a passé sans encombre les lignes de l'amiral Boscawen, qui croise à l'entrée du port depuis le 2 juin. A peine arrivé, le capitaine prend part à toutes les phases, à tous les succès, à tous les revers du siège. Pendant des journées et des nuits entières ce ne sont que des rafales de fer et de mitraille, qui vont de la ville à la flotte et des assiégeants aux assiégés. Tout ce que peut le génie de la guerre et de la destruction est mis en oeuvre par les géants qui se trouvent aux prises. Quatre frégates, deux vaisseaux de ligne français sont coulés à l'entrée du port pour en défendre l’accès. Ainsi l'a voulu le gouverneur, le chevalier de Drucourt.

» Et la pluie de fer de passer toujours, de passer sans cesse sur les implacables ennemis. Un projectile tombe dans la sainte-barbe de l’Entreprenant, vaisseau de 74. Il saute. Ses débris mettent le feu au Célèbre et au Capricieux dont les batteries chargées et sans artilleurs criblent de boulets et la ville et les Anglais

» Nuit et jour on se fusille, on se canonne de part et d'autre. Hier au soir, une bombe a incendié le « grand corps des bâtiments du Roy » ; demain, ce sera un boulet rouge qui mettra le feu à l'église ; et à quelques jours de là les casernes de la Reine brûleront. Bastions, lunettes, redoutes, escarpes, avant-postes, chemins couverts, casemates, tout est écrasé, tordu, brisé, éventré par la mitraille. Elle ne cesse de crépiter, de tout enlever sur son passage et de tomber si dru, qu'à 123 ans de distance, visitant les ruines de Louisbourg, avec un officier de la Galissonnière, le lieutenant de vaisseau Rouyaud, nous retrouvions l'assiette et les alentours de cette ville morte couverts de débris et de projectiles.

» Pendant ces heures terribles, le moral des troupes ne se dément pas un seul instant. Tous montrent l'exemple. La femme du gouverneur, Mme de Drucourt, est au premier rang. Chaque jour, aux applaudissements de ceux qui vont se faire tuer pour la France, elle monte, intrépide, sur les remparts battus en brèche et tire trois coups de canon aux endroits les plus exposés.

» Bon sang tient de race : et si notre mère-patrie a su envoyer à l'histoire Jeanne d'Arc, Jeanne Hachette et les femmes héroïques de la guerre de 1870, notre Nouvelle France lui a donné à son tour Mme de la Tour, Mlle de Verchères et Mme de Drucourt.

» Et pendant que se déroule ce drame immortel, Vauquelain et l’Aréthuse sont partout, sur la rade, dans le port, au large, faisant leur pénible devoir et donnant, eux aussi, rude besogne à l'Anglais.

» Lisez la chronique de ces jours de sang et de deuil. Dans son laconisme militaire, elle est plus éloquente, que n'importe quel panégyrique.

« Les Anglais, dit-elle, assiégeaient Louisbourg par terre et la bloquaient par mer. Vauquelain comprit qu'il incommoderait beaucoup l'ennemi, s'il s'embossait dans une baie le long de laquelle il fallait qu'il passât, ainsi que les munitions dont il aurait besoin, pour faire le siège de Louisbourg. Le coup d'oeil de ce jeune capitaine était juste, et le feu de sa frégate, embossée à un quart de lieue du rivage, tua beaucoup d'ennemis et retarda leurs opérations. De leur côté, les Anglais formèrent une batterie contre la frégate de Vauquelain qui, pendant quinze jours qu'elle resta dans cette situation dangereuse, fut renouvelée trois fois d'équipage. Enfin, voyant sa frégate et ses agrès écrasés des boulets et des obus qu'on n'avait cessé de lui tirer, Vauquelain prit le parti de venir se mettre à l'abri de la ville, pour se mettre en ordre ».

» Le temps pressait pour réparer les avaries de l’Aréthuse. On y para tant bien que mal, tout en ne perdant pas son temps, car la chronique continue :

« Nous tirions à mitraille et nous faisions le plus de bruit que nous pouvions. M. Vauquelain employait tous les moments qu'on l'empêchait de partir d'une façon qui devait nous consoler de ce retardement forcé ».

» Mais le siège avançait et le gouverneur de Drucourt voyant sa ville se démanteler, ses troupes décimées par le feu de l'ennemi et par la maladie, se résolut de donner de ses nouvelles en France. Fine marcheuse, portant toute sa toile à merveille, et commandée par un capitaine ayant fait ses preuves, l’Aréthuse fut choisie pour forcer la croisière anglaise.

» Pour y parvenir, il fallait attendre le brouillard du Nord.

» Les brumes de Louisbourg ! Ah ! j'ai respiré leurs acres senteurs, et je les ai décrites dans mes notes de voyage.

» Rien de triste comme cette nuit en plein jour, qui ne permet pas au matelot de distinguer sur le pont, à une longueur de main. Autour de lui tout est nuageux, opaque La mer est là qui confond ses teintes grisâtres avec le ciel brumeux. Sans le monotone clapotis de la vague qui se brise sur le flanc du navire, l'homme à la roue croirait que son capitaine a mis le cap sur le néant.

» C'est au milieu de ce chaos que Vauquelain devait s'orienter. Il le fit en maître des choses de la mer, passant avec précaution à travers les épaves des navires sombres en rade, évitant les bordées d'artillerie tirées au hasard dans la buée épaisse, par amis et ennemis, et perçant la flotte anglaise sans qu'elle s'en doutât. Dès que le rideau de brume se fût déchiré brusquement, ainsi qu'il arrive presque toujours dans les parages du Cap Breton, Boscawen vit avec stupeur l’Aréthuse filant grand largue à l'horizon et portant fièrement à sa corne d'artimon le drapeau fleurdelysé.

» Les Mémoires chronologiques pour servir à l’histoire de la navigation française mentionnent ainsi ce qui arriva alors :

« L'amiral anglais, surpris de la hardiesse et de l'exécution de ce dessein, dépêcha les meilleurs voiliers de sa flotte à la poursuite de cette frégate ; mais par la fausse route qu'elle fit la nuit suivante, Vauquelain les mit en défaut et arriva à Bayonne. »

» Bien lui en prit, car sa bonne réputation de marin n'aurait pu le soustraire au sort de ses compagnons d'escadre. Quelques jours après le départ de l’Aréthuse, les assiégés, la rage dans le coeur, mais se défendant toujours, virent détruire ce qui restait de la flotte française en rade de Louisbourg. Le Prudent et le Bienfaisant furent amarinés dans la nuit par six cents Anglais, Le Prudent brûla jusqu'à sa ligne de flottaison, pendant que le Bienfaisant,traîné à la remorque par l'ennemi, voyait « tomber ses mâts pendant le trajet, tant il était maltraité par le canon ».

» Le 25 juillet 1758, onze jours après le départ de l’Aréthuse, le rideau tombait sur le premier acte du drame sanglant de la Cession de la Nouvelle-France. Louisbourg capitulait, mais au milieu de tous ces désastres et de ces humiliations, Vauquelain avait réussi à sauver sa frégate et l'honneur de son pavillon.

» Causant un jour avec des officiers de la marine française, après la reddition de la ville, l'amiral Boscawen disait :

« — Messieurs, je ne sais pas quel est l'habile commandant de l’Aréthuse qui m’a échappé. Je gagerais que c'est un routier marchand, car il fait bien son métier. Si l'un de mes capitaines de frégate en eût fait autant, mon premier soin, en arrivant en Angleterre, serait de solliciter pour lui un brevet de capitaine de vaisseau ».

Vauquelain méritait un haut grade dans la marine royale, mais il était roturier et sortait de la marine marchande. C'était une double tache originelle. Un simple cadet, sot et nul autant qu'on peut l'être, se croyait de beaucoup son supérieur. Il tenait à déshonneur d'avoir pour supérieur ou même pour égal un homme qui n'avait pas la prétention de descendre des Allemands Chlodowig ou Charlemagne.

Suivant la justice distributive de ce bon vieux temps, que de naïfs bourgeois regrettent, le héros de Louisbourg ne fût pas breveté mais commissionné de nouveau et reçut l'ordre de se rendre promptement à Québec pour prévenir le gouverneur de se préparer à la résistance.

« Arrivé à destination Vauquelain reçut du marquis de Montcalm ce qui lui restait de la flotille française devant Québec, c'est-à-dire, à part des deux frégates qu'il amenait de France, le contrôle des bateaux et des brûlots.

» Avec ses camarades de combats, Vauquelain assiste à toutes les péripéties du deuxième acte du grand drame dont les premières scènes se sont passées à Louisbourg. Avec eux, il a la douleur de voir vingt vaisseaux de ligne, vingt frégates, une multitude de transports, presque toute la flotte anglaise venir jeter l'ancre entre Montmorency et Québec. La nuit, du pont de son navire, il voit les lueurs des villages embrasés de l'Ange-Gardien, de Saint-Joachim, du Château-Richer, de Saint-Nicholas, de Sainte-Croix, de l'Ile d'Orléans. C'est Wolfe qui se venge, d'une manière peu enviable pour sa réputation militaire, du patriotisme de nos habitants en brûlant, sur un parcours de 23 lieues, 1400 maisons. Vauquelain prend part au siège de Québec, assiste à une partie de son bombardement, à la douleur de voir la vieille métropole incendiée par les feux ennemis, et voit tomber cette cathédrale, alma mater de l'Amérique du Nord, qui portait si fièrement, accroché à sa voûte, le drapeau amiral de Phipps, enlevé à la nage par Lemoine de Sainte-Hélène (2), en un jour de siège et de combat.

» Pendant la bataille des Plaines d'Abraham c'est Vauquelain qui, à la tête d'une partie de ses marins, manoeuvre les grosses pièces de siège et engage les batteries anglaises de la pointe Lévy.

» Quand sonna l'heure déchirante de la capitulation, l'histoire de la marine française dit que Vauquelain « ne voulant pas que ses frégates y fussent comprises, prit le parti d'assembler son monde et de sortir de Québec pour aller les rejoindre. Il fut assez heureux pour s'y rendre, en passant dans un endroit qui n'était pas gardé par les ennemis ».

» Ce fut alors qu'il se choisit un lieu sûr d'hivernage, restant à bord de l’Atalante, vivant avec ses hommes comme il pouvait, maintenant quand même ses communications avec le chevalier de Lévis, et surveillant, par de fréquentes patrouilles sur le fleuve, ce qui se passait à Québec. C'est ainsi que le journal du capitaine John Knox mentionne constamment les alarmes qu'il donne à la garnison anglaise, entr'autres celle du 23 octobre 1759, celle du 24 octobre, celle du 23 novembre et celle du 24 novembre. Le 28 novembre, par une nuit sombre, il va mettre le feu à un navire échoué, il en tourne les canons du côté des Anglais qui, tout étonnés, reçoivent ces boulets mystérieux, sans se douter que c'est une manière de Vauquelain de leur rappeler l'incendie du Bienfaisant de Louisbourg. Dans la nuit du 4 au 5 mai 1760 — par un froid de loup — il fait passer un sloop sous les batteries anglaises qui ne le découvrent que lorsqu'il est hors de portée. Pendant cette même nuit, il travaille à transporter des canons du camp du chevalier de Lévis à la tranchée ouverte devant Québec. Le 9 mai, le sloop de Vauquelain revient de son voyage à la découverte de la flotte attendue. Il repasse bravement, et en plein jour, sous les batteries anglaises et vient se rapporter à son commandant.

» Le 11 mai, pendant la nuit, ajoute le journal de Knox, tout Québec est réveillé et mis sur pied. « La garnison court aux armes et y reste jusqu'au matin ». C'est encore Vauquelain qui pousse une reconnaissance et qui vient d'éviter un coup de canon du Leostoff frégate anglaise, en rade.

» Après la victoire française de Sainte-Foye, Vauquelain vint avec la Pomone et l’Atalante prendre position à l'Anse du Foulon. A tout instant l'une de ces frégates opère des reconnaissances de nuit.

» Pas un des nôtres n'ignore les heures d'angoisses qui s'écoulèrent entre le 28 avril et le 7 juin 1760. Lévis canonnait sans cesse. Murray, qui le lui rendait bien. Les Français poussaient le siège avec vigueur, et chaque jour les deux armées s'attendaient à voir une flotte de secours tourner la Pointe-Lévy et donner le Canada à l'Angleterre ou le sauver encore une fois à la France.

» Le 7 juin, les sentinelles signalent un navire. Quelle couleur va-t-il arborer ? Les assiégés sont sur les remparts : les assiégeants couvrent toutes les collines d'où ils peuvent voir le signe de l'abandon ou de la délivrance

» Un rouleau monte lentement à la drisse de la corne d'artimon du navire. Un vigoureux coup, donné par le maître timonnier, fait déferler le pavillon. Un hourrah éclatant est poussé par les soldats de Murray : c'est leur drapeau, c'est l'emblème du home et du lion britannique. Lévis n'est pas découragé. Fier, impassible, il attend encore et répond à ce défi par ses canons. Mais d'autres frégates anglaises arrivent à la file : il faut se rendre à la réalité : la France nous a oubliés. Lévis fait lever le siège et dépêche à Vauquelain l'ordre de remonter le fleuve. Il faisait mauvais, dit le journal du siège, et le fleuve ayant été extraordinairement agité toute la nuit, l'estafette ne put rejoindre le capitaine de l’Atalante.

» Deux navires ennemis, ainsi que je l'ai dit plus haut, venaient d'arriver.

» Au point du jour un vaisseau de ligne et deux frégates anglaises appareillèrent et se trouvèrent dans un clin d'oeil sur nos frégates. Elles prirent chasse. La Pomone s'échoue à Sillery. Vauquelain signale alors aux petits bâtiments de s'échouer à l'entrée de la rivière du cap Rouge, et lui-même appuyé par la brise va en faire autant à la Pointe-aux-Trembles.

» Là pendant deux heures, par le plus beau temps du monde, lorsque les feuilles s'ouvraient au printemps et que le soleil verdoyait la campagne, Vauquelain supporte le feu des deux frégates anglaises, leur rendant coups pour coups. Mais ses munitions s'épuisent. L’Atalante est désemparée ; les boulets trouent ses oeuvres-vives, les débris des mâts jonchent le pont et il ne lui reste plus que son mât d'artimon. Vauquelain y grimpe, cloue son pavillon au tronçon du mât qui reste, fait mettre dans les chaloupes les hommes qui sont encore en état de se battre, leur ordonne d'aller rejoindre le général de Lévis, puis, lui, morne, le coeur gros, le visage noir de poudre, il vient se coucher au milieu de ses blessés, au pied du drapeau. Il pleure. Tous ses officiers sont tués, son équipage est décimé : il ne lui reste plus une seule gargousse dans la sainte barbe, et l'Anglais tire toujours sur l’Atalante.

» Ne dirait-on pas que c'est cet épisode sublime de notre histoire qui, trois quarts de siècle plus tard, inspirait à Alfred de Vigny ces strophes vibrantes et mâles de la Sérieuse.

» Ecoutez-les, et dites-moi si je me suis trompé :

Ces boulets enchaînés fauchaient des mâts énormes,
Faisaient voler le sang, la poudre et le goudron,
S'enfonçaient dans les bois, comme au coeur des grands ormes,
Le coin du bûcheron.

Un brouillard de fumée où la flamme étincelle
L'entourait ; mais le corps brûlé, noir, écharpé.
Elle tournait, roulait et se tordait sous elle
Comme un serpent coupé.

Le soleil s’éclipsa dans l'air plein de bitume.
Ce jour entier passa dans le feu, dans le bruit ;
Et lorsque la nuit vint, sous cette ardente brume,
On ne vit pas la nuit.

Nous étions enfermés comme dans un orage :
Des deux flottes au loin le canon s'y mêlait ;
On tirait en aveugle à travers le nuage.
Toute la mer brûlait.

Mais quand le jour se fit, chacun connut son oeuvre ;
Tous les vaisseaux flottaient démâtés, et si las
Qu'ils n'avaient plus de force assez pour la manoeuvre
Mais ma frégate, hélas !

Elle ne voulait plus obéir à son maître.
Mutilée, impuissante, elle allait au hazard,
Sans gouvernail, sans mâts ; on n'eût pu reconnaître
La merveille de l'art !

Engloutie à demi, son large pont à peine
S'affaissant par degrés, se montrait sur les flots ;
Et là ne restaient plus, avec moi capitaine
Que douze matelots.

Je les fit mettre en mer, à bord d'une chaloupe,
Hors de notre eau tournante et de son tourbillon ;
Et je reviens tout seul me coucher sur la poupe
Au pied du pavillon.

J'aperçus des Anglais les figures livides
Faisant pour s'approcher un inutile effort,
Sur leurs vaisseaux flottant comme des tonneaux vides.
Vaincus par notre mort.

La Sérieuse alors semblait à l'agonie,
L’eau dans ses cavités bouillonnait sourdement ;
Elle, comme voyant sa carrière finie,
Gémit profondément.

Je me sentis pleurer, et ce fut un prodige,
Un mouvement honteux ; mais bientôt l’étouffant ;
« — Nous nous sommes conduits comme il fallait, lui dis-je,
Adieu donc, mon enfant. »

Elle plongea d'abord sa poupe et puis sa proue.
Mon pavillon noyé se montrait en dessous :
Puis elle s'enfonça, tournant comme une roue
Et la mer vint sur nous.


» La mer, cette tombe glorieuse et silencieuse du marin, ne vint pas sur Vauquelain. Le drapeau fleurdelisé continuait toujours à flotter à l'artimon brisé de l’Atalante et le Leostoff et la Diane tiraient toujours. Enfin, les Anglais se décident à aborder ce mystérieux vaisseau qui brûle par l'avant. Pas un mouvement ne se fait à bord du navire français : on n'entend que les crépitements de la flamme qui fait lentement son oeuvre. Les Anglais grimpent à l'abordage. Ils aperçoivent Vauquelain en grande tenue et sans épée ; il l'avait jetée dans le Saint-Laurent pour éviter de la rendre. Le commandant de l’Atalante était assis au milieu de ses blessés, au pied du pavillon.

» — Pourquoi n'amenez-vous pas votre drapeau, lui demande l'officier anglais ?

» — Si j'avais eu plus de poudre, je causerais encore avec vous, Monsieur, lui répondit fièrement Vauquelain. Quant à mon drapeau, si vous voulez le prendre, vous n'avez qu'à monter le déclouer. Mon devoir de français est non pas de l'amener, mais de faire amener ceux des ennemis de mon pays.

» L'officier qui venait d'amariner l’Atalante fit alors embarquer Vauquelain dans sa baleinière, envoya mettre à terre les blessés, et monta lui-même déclouer le drapeau de France.

» La frégate française n'avait que 16 canons ; le vaisseau anglais en portait 40, et le combat qu'il eut à soutenir avec l’Atalante fut si rude qu'il sombra le lendemain. Outre le Leostoff, capitaine Deane, Vauquelain ce jour-là avait eu mailles à découdre avec le Vanguard, commodore Swanton, et la Diane, capitaine Schomberg.

» Le commodore Swanton reçut Vauquelain à Québec, en héros.

» Je suis tellement émerveillé de votre défense, lui disait ce brave officier supérieur, que je vous prie de me demander, sans contrainte, ce qui peut vous être le plus agréable

» Ce que je priserais par-dessus tout, commodore, c'est ma liberté et la permission de rentrer en France ».

Et les documents anglais de l'époque ajoutent :

« L'amiral considérait si grandement cet officier, qu'il donna l'ordre d'armer de suite un navire pour le mener en Europe, avec ordre au capitaine d'obéir à Vauquelain et de le débarquer dans le port français qui lui plairait. Il lui laissait de plus le choix à faire parmi les Français qu'il désirait voir rapatrier avec lui, sur ce vaisseau ».

M. Faucher de Saint-Maurice continue :

« Quelle différence entre cette conduite d'un ennemi loyal et la réception que lui fit, en France, son chef, le ministre de la marine !

» La duchesse de Mortemart ayant suivi Vauquelain depuis sa naissance et connaissant sa valeur, avait recommandé tout particulièrement son protégé à M. Berryer, secrétaire de la Marine.

» Celui-ci lui répondit comme un sot et un maroufle qui sent l'escalier de service.

» — Madame, lui écrivait-il, je sais que Monsieur Vauquelain a servi le Roy avec un zèle et un courage extraordinaires. C'est un héros mais ce n'est pas un noble, et j'ai une foule de fils de famille qui attendent après des promotions. Il appartenait autrefois à la marine marchande ; je lui conseille d'y retourner (3).

» C'était ce même Berryer qui recevait un jour de Bougainville cette bourrade.

» Bougainville le suppliait de faire un dernier et suprême effort pour sauver le Canada.

» — Et, Monsieur, lui dit le ministre impatienté, quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas des écuries.

» — On ne dira pas du moins que vous parlez comme un cheval, lui dit carrément Bougainville.

» Malgré les avis du ministre, Vauquelain obtenait, en 1763, un brevet de lieutenant de vaisseau. Le mémoire auquel j'emprunte ces dates ajoute :

« Une grande partie de la marine royale ne le vit pas sans peine élevé à ce grade, qui le mettait en rang de parvenir dans les premiers postes.

M. de Praslin, ministre de la marine, ayant besoin d'un officier capable de s'acquitter d'une mission importante dans les grandes Indes, donna par commission le » commandement d'un vaisseau de soixante canons à Vauquelain. Ce choix excita encore la jalousie de la marine royale, qui opposa plusieurs obstacles à son départ. Vauquelain en triompha et sortit de Rochefort pour se rendre aux grandes Indes. Pendant la traversée, cet officier de fortune essuya les plus grands désagréments de la part des officiers de vaisseaux qu'il commandait. Enfin, il arriva heureusement à Pondichéry, remplit avec distinction sa mission et revint en France l'année suivante.

» M. le duc de Praslin n'était plus alors ministre de la marine, et celui qui lui avait succédé, faute de connaître Vauquelain , ne put se garer des rapports de la calomnie.

» Dès que ce brave marin eût mis pied à terre, on lui enjoignit de rester aux arrêts dans son appartement.

Surpris de cette punition, à proportion de l'applaudissement qu'il comptait recevoir pour s'être acquitté de sa commission avec succès, il eut recours dans sa triste position à la duchesse de Mortemart, digne héritière des vertus comme des terres des gouverneurs de Dieppe.

Les sollicitations de la duchesse dessillèrent les yeux du ministre. Après trois à quatre mois de détention, Vauquelain reçut l'ordre qui lui rendait sa liberté.

Le premier usage qu'il crut devoir en faire, fut d'aller à Versailles rendre compte de sa traversée des Indes. Mais avant de partir, la reconnaissance lui fit un devoir de saluer et de remercier plusieurs officiers de marine qui n'avaient pas rougi de le visiter dans sa disgrâce. Il sortit à cet effet, sur le soir, et fut trouvé mort le lendemain, percé de coups, sans qu'on ait connu les auteurs».

Qu'il nous soit permis d'ajouter qu'on n'a jamais eu l'idée de faire des recherches sérieuses. En bonne conscience, sa majesté Louis XV pouvait-elle faire pendre, pour un simple roturier, « homme de rien », des « soutiens du trône », de prétendus descendants des Croisés ?

« Ainsi périt à 37 ans un homme qui aurait pu faire l'honneur de n'importe quelle marine. Il eut à lutter contre les préjugés de caste, et opposa toujours son dédain, sa force de caractère, ses états de service, son patriotisme sans borne, aux calomnies et aux humiliations qui le suivirent pendant sa trop courte carrière.

» Au physique Vauquelain était fort bel homme, son oeil reflétait la douceur et la fermeté. Il avait une figure et une tenue fort agréables, et joignait un courage indomptable à une grande modestie. Ses connaissances nautiques étaient craintes, admirées par ses ennemis, reconnues et admises par toute la marine française.

» Voilà en quelques lignes le portrait de cet homme qui fait dire à notre grand historien Garneau :

« Mon vieil aïeul, courbé par l'âge, assis sur la galerie de sa longue maison blanche, perchée au sommet de la butte qui domine la vieille église de Saint-Augustin, » nous montrait de sa main tremblante le théâtre du combat naval de l’Atalante avec plusieurs vaisseaux anglais, combat dont il aurait été témoin dans son enfance. »

« Ce nom obscur de Vauquelain ne serait-il pas le point de départ de la volonté et des grandes pensées que Garneau a consacrées toute sa vie à l'histoire de son pays » ?

En 1775, Marie-Antoinette, alors dans toute sa gloire, assistait à la première communion de Meudon ; une jeune fille lui présente un bouquet de fleurs blanches et lui récite un compliment. La reine, charmée, lui demande ce qu'elle peut faire pour elle.

« J'ose demander à votre Majesté », répond Elisabeth Vauquelain, « qu'elle fasse rendre justice à la mémoire de mon grand-père ».

La reine l'embrasse, lui promet de s'occuper de son affaire et tient parole. Quelques jours après, la fausseté des accusations portées contre Jean Vauquelain fut reconnue.

« Le roi Louis XVI se fit présenter son fils et, lui annonçant ce résultat, lui dit qu'il se souviendrait des services de son père. Vauquelain lui remit un exemplaire de son « mémoire sur la géographie de l'Afrique ». Quelques mois après, le roi lui confia une mission très difficile au Maroc, et il s'en acquitta de la manière la plus satisfaisante. En 1777, la France ayant résolu d'ouvrir des relations suivies avec l'Extrême-Orient, le roi le nomma son consul en Chine. M. Vauquelin obtint un exequatur de l'empereur Kian-Loung, qui régnait alors. Ce fait depuis ne s'est jamais reproduit. M. Vauquelain a rendu de très grands services et a laissé de très beaux souvenirs en Chine, dans ce mystérieux et riche pays où notre mère-patrie promène en ce moment, haut et fier, le drapeau tricolore.

« Voilà en peu de mots, dit encore M. Faucher de Saint-Maurice, ce que j'ai pu recueillir sur la vie de ce grand oublié de notre histoire. Pour vous bien faire comprendre cette existence qui fut presque tout entière consacrée au service de notre pays, j'ai dû recourir aux mémoires, aux archives, aux lettres du siècle dernier. En réunissant ces restes épars, j'ose espérer avoir réussi à faire revivre cette énergique figure de Vauquelain, qui, devant son génie de marin, voyait s'incliner sans réplique Anglais comme Français ».

Nous ne pouvons mieux terminer qu'en reproduisant les dernières phrases de notre auteur.

« Le Nil garde encore l'écho des joyeux chants de rame de nos voyageurs, et, de nos jours, ne comptons nous pas parmi les nôtres des pilotins, des pilotes, des capitaines au long cours qui sont considérés comme comptant parmi les premiers marins du monde ? Les amiraux Commerell, McClintock, Galibert, Thomasset, Haligon, de Freycinet, le vice-amiral Peyron, ministre de la marine de France, se sont plû à le répéter maintes fois à ceux qui recevaient en rade de Québec l'hospitalité de leur bord.

» Personne de nous ne s'étonnait de l'unanimité de ces officiers généraux à ce propos, car tous nous nous rappelions que les ancêtres de nos matelots, de nos pilotes et de nos capitaines au long cours servaient autrefois sous des commandants dont le type se personnifie tout entier dans le mâle caractère de Vauquelain, le héros de Louisbourg et de la Pointe-aux-Trembles.

» La mer est ingrate, me direz-vous ? La fin prématurée du capitaine de l’Atalante en est une preuve. A quoi bon encourager pareille carrière ?

» Eh ! je connais les marins et je les sais par coeur. Si Vauquelain eût vécu, il aurait répondu ce que disait en pareil cas un vice-amiral de France :

» — Je suis loin de me plaindre de la Providence. Si j'avais à recommencer une nouvelle existence, je ne choisirais pas une autre profession que celle de la mer. J'ai toujours aimé la marine pour elle-même, et je ne puis revoir la mer sans la saluer avec une sorte de respect. C'est à la mer que j'ai dû mes premières émotions, c'est elle qui m'a fait homme, qui m'a nourri, qui console encore mes vieux jours par les souvenirs qu'elle m'a laissés et qu'elle m'a permis de laisser à ma patrie  ».
 

NOTES :
(1) Pourquoi nous sommes Français, discours prononcé à Saint-Césaire, sur la Yamaska, le 14 octobre 1870 ; réimpression de La Presse, de Montréal, du 23 juin 1885.
(2) Fils de Pierre et de Judith Duchesne, baptisé en 1623, à Dieppe, paroisse Saint-Jacques ; inhumé à Québec le 4 décembre 1690 (Abbé Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des familles canadiennes ; t.I, Québec, 1871, p. 379, col. 2. — G. G.
(3) M. Faucher de Saint-Maurice le qualifie durement, mais avec toute justice. Il mourut, dit Duclos, après avoir fait beaucoup mieux les affaires de la Pompadour que celles de l'Etat. Cet homme, qui prenait si fort à coeur les intérêts des nobles, était tout simplement fils d'un bourgeois. G. G.


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