DU BOIS, Louis (1773-1855) : Pillage de la cathédrale de Lisieux par les protestants le 5 mai 1562 et les jours suivants (1832).
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Texte établi sur l'exemplaire de la médiathèque du n° 28 du journal Le Lexovien du 12 juillet 1832.


PILLAGE DE LA CATHEDRALE DE LISIEUX

PAR LES PROTESTANTS, LE 5 MAI 1562 ET JOURS SUIVANTS.

Le Lexovien, N°28 – 12 juillet 1832
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Les protestants, dès longtemps irrités de la persécution, des déceptions, des massacres et des exécutions dont ils étaient les victimes, s'emparèrent de Lisieux et pillèrent la cathédrale. Nous allons à ce sujet extraire quelques notes du Procès- Verbal qui fut rédigé le 13 auguste 1552 par Pontmolain, alors bailli de Lisieux, sur le rapport du doyen et des chanoines du chapitre.

On cite, parmi les principaux chefs de la troupe qui saccagea la cathédrale, Guillaume de Hautemer, seigneur de Fervaques, qui depuis fut maréchal de France et ne cessa jamais d'être catholique ; Louis d'Orbec, bailli d'Evreux ; les seigneurs de Serquigny et de La Cressonnière ; Jacques Faulcon, l'un des receveurs de la ville ; Laillier et Carrey, tabellions. Dans la troupe on remarquait Desmarais père et fils ; Roland de Longchamp et son fils ; deux Duval ; deux Jouas ; trois Paulinier ; Fauques ; Lebas ; Bertre ; Buchard ; Heuttes ; Vesque ; Couture ; Champagne ; Rabot, etc.

Dans cette dévastation vandalique on brisa les autels et les statues des saints ; on enleva les objets d'or et d'argent, ainsi que les pierreries et les ornements que l'on put trouver parmi ce qui n'avait pas été caché par les chanoines. On déchira et brûla une foule de titres et de papiers précieux ; on foula aux pieds et on livra aux flammes les images et les reliques. *Ceux de l'Église nouvelle*, comme dit le procès-verbal, forcèrent le 5 mai la garde de la cathédrale, qui était de10 ou 12 hommes, entrèrent au moment du service divin armés de pistolets, de dagues et d'épées, et mirent en fuite la garde qui alla se cacher dans les voutes.

Nous allons suivre les détails de cet évènement jour par jour et tels qu'ils sont rapportés par le procès-verbal rédigé pour qu'il en fût informé d'après l'ordonnance du bailli.

Le 7 mai (jour de l’Ascension), à 9 heures du soir, les protestants se saisirent des clefs des portes de la ville.

Le lendemain, d'après une délibération qu'ils prirent publiquement à l'hôtel commun (l'hôtel-de ville, qui était alors dans la Grande Rue), ils engagèrent le chapitre à se concerter avec eux pour préserver la cathédrale du pillage dont elle était menacée. Ils prièrent le chapitre de faire cesser les insultes multipliées dont les protestants avaient à se plaindre de la part des catholiques qui ne firent aucun droit à cette légitime réclamation et s'attirèrent de fâcheuses représailles.

18 Mai. Ce jour et la nuit suivante, plus de 300 protestants accourus de Honfleur, de Pont-l’Evêque, de Cormeilles, de Fervaques, de Prêtreville et d'autres endroits, entrent et s'établissent à Lisieux.

19 Mai. Il était difficile que tant de mécontents restassent longtemps paisibles. Aussi vers neuf heures du matin, une foule de pillards pénétra dans la cathédrale et s'y livra aux plus grands désordres. Il parait que leur chef s'appelait Antoine Laugeois, dit Lacornerie, venu de Cormeilles à la tête d'une compagnie, et qu'il fut surtout secondé par les trois frères Paulmier qui tirèrent des coups d'arquebuse et de pistolets sur le crucifix et les statues.

Le pillage dura trois ou quatre jours pendant lesquels les protestants firent beaucoup de fêtes et donnèrent des repas chez les taverniers ou aubergistes Regnard Dosse, au Falot d'or, et Richard Crochon ou Cochon, à l'image Saint-Martin.

Les clefs de la cathédrale étaient restées aux mains des protestants depuis le 9 mai jusqu'au16, jour auquel le duc de Bouillon, lieutenant général de la Normandie, ordonna la remise de la clef de la grande porte près de l'entrée du palais épiscopal, pour l'exercice du culte catholique. D'après l'article 12 du procès-verbal, il paraît que les protestants s'étaient établis dans les maisons des chanoines dont « ils employaient les tables et même le linge à leurs festins et banquets, et à leurs cérémonies de baptêmes et mariages, et autres péchés qui se commettaient aux susdites maisons. »

Fervaques, qui prenait le titre de capitaine de la ville, annonça eux chanoines Blosset et Guitart ou Guaitard qu'il ne resterait à Lisieux ni chanoines ni ecclésiastiques parce que on n'y serait jamais tranquille « que la vermine de prêtraille n'en fût dehors, » et qu'on ne cessât d'y dire la messe. Pourtant Fervaques n'avait pas abjuré le catholicisme ; mais tel était le désordre et la barbarie du bon vieux temps que les croyances étaient fort peu éclairées et qu'on passait aisément du respect le plus superstitieux aux plus outrageantes profanations.

Le 22 juin, Fervaques, à la tête d'une troupe armée, s'empara chez Nicolas Le Petit, avocat, d'un livre précieux qui avait été déposé chez lui par le chapitre. « Ce livre, dit le procès-verbal, art. 19, relié d'aisserie (de planchettes), était couvert de lames d'argent doré entièrement, enrichi de pierreries précieuses et même du fût de la vraie croix de Notre Sauveur, appelé Majesté, portant icelui livre des Evangiles dont se fait lecture à la Messe, aux fêtes solennelles ; lequel ils auraient pris et se seraient saisis de ladite Majesté. »

La chasse de Saint Ursin, qui avait été cachée et enterrée, ayant été découverte, Fervaques en enleva une lame d'argent qui la recouvrait et qui pesait au moins 500 marcs non compris la dorure et les pierreries. Il résulte, de l'art. 23 du procès-verbal, que ce seigneur s'écria à la vue de ce riche monument : « On dit que si je fesais ouvrir cette belle chasse, je ne vivrais pas demi- an ; je ne l'en ferai pas moins ouvrir. » Il le fit comme il le disait, en brayant la prédiction qui ne s'accomplit pas. On y trouva trois sacs de cuir de cerf, remplis d'ossements, scellés du sceau de l'évêque Guillaume d'Estouteville qui les avait reconnus le 14 avril 1399. Fervaques se saisit de ces reliques et dit : « ce sont-là des os de cheval ». Les autres assistants, non moins impies que leur chef, ajoutaient : « Ce sont bien des os de chien. » Il ajouta (art. 22), en s'adressant à quelques membres du chapitre qui se trouvaient- là : « Tous ces ossements vous ont servi à gagner votre vie et de l'argent ; vous avez métier d'en gagner autrement. Cettui-ci est perdu pour vous , car ils seront tous brûlés et consommés en cendre. »

Il paraît que depuis, par une fraude pieuse, comme on fit pour la sainte Ampoule il y a quelques années, on prétendit que les reliques de saint Ursin avaient été sauvées. En effet, l'évêque Le Hennuyer en fit la reconnaissance, comme de pièces authentiques, le 18 juin 1564 ; elles furent encore reconnues depuis (le 18 septembre 1626, le 29 auguste 1664, et le 3 juillet 1731), par les évêques Guillaume Alleaume, Matignon 1er, et Brancas.

Outre le précieux reliquaire de saint Ursin, les protestants découvrirent un bras du même saint enchâssé dans de l'argent doré et qui pesait environ 30 marcs, ainsi que des pierreries, des calices et d'autres effets précieux qui avaient été mis en terre dans une cave des maisons de la fabrique du chapitre, et qui pesaient plus de 300 marcs.

Dès cette époque, le chapitre de Lisieux jouissait d'un droit que nous lui avons vu exercer jusqu’à la révolution et qui était évidemment fort ancien. Ce privilège est cité parmi les cérémonies remarquables. C'était pour le pays un spectacle curieux, qui avait lieu le 11 juin, jour de la Saint-Ursin et de l'ouverture de la principale foire de la ville. Ce jour-là, Fervaques s'attribua les droits dont jouissait le Chapitre qui nommait parmi ses chanoines deux comtes temporaires, lesquels recevaient les honneurs et les droits du comté dans la ville et la banlieue. Dans le même temps, on découvrit an prêtre (Regnault Costentin) caché en contravention aux ordonnances de police rendues par Fervaques. Cet ecclésiastique fut saisi disant la messe : on le conduisit en prison revêtu de ses habits sacerdotaux, et il fut livré à la risée du public qui, au surplus, ne l'outragea pas autrement.

Parmi les propos violents tenus par Fervaques, les déposants attestent qu’il disait, en parlant du duc d'Aumale, envoyé par la cour en Normandie : « Aumale m'en veut ; mais, par le Corps-Dieu ! je lui marcherai sur le ventre, s'il prend son chemin vers Lisieux... et s'il vient gens pour entrer en cette ville, je ferai rempart de prêtraille, des rasés (les moines) et des papaux (papistes ou catholiques dévoués à la cour de Rome.) »

L. D. B.



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