CONTEL, Jean-Charles (1895-1928) : Rouen.- Paris : Crès, 1920.- 8 p.- 12 f. de pl. : couv. ill. ; 33 cm.
Numérisation : O. Bogros pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (12.VI.2009)
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Rouen

Préface de George Dubosc
Poème d'Auguste Bunoust
Lithographies de Jean-Charles Contel

Couverture-Page de titre

[VOIR L'ALBUM]

 JEAN-CHARLES CONTEL

et Le Vieux Rouen

A l'heure actuelle, Jean-Charles Contel, très jeune artiste normand, compte au premier rang des dessinateurs de vieilles villes. Ses premiers recueils de lithographies et de dessins, pour la plupart consacrés aux vieilles maisons de bois de Lisieux, sa cité natale, ou d'Honfleur, lui ont valu une réputation d'art absolue et méritée, auprès des collectionneurs et de tous ceux qui aiment encore les oeuvres et les souvenirs du Passé. Edités par Crès, ces albums furent alors préfacés en termes chaleureux, réfléchis et justes par Camille Gronkowski, par Albert-Emile Sorel et par Gustave Geffroy, qui mirent en lumière le talent nouveau, original, expressif de ce dessinateur des grandes et des petites cités normandes. Comme jadis Méryon, Martial Potémont, les graveurs du Vieux Paris, qui nous ont conservé tant d'aspects, sans eux, disparus et abolis, Jean-Charles Contel, au début de sa carrière, prend rang parmi les peintres les plus significatifs du décor urbain, des ruelles bordées de maisons vétustes, dont il sait, mieux qu'aucun autre, exprimer la décrépitude, le délabrement et la tristesse.

Son art, son goût très avisé du pittoresque se plaisent plus aux perspectives imprévues des logis du Moyen-âge, déjà affaissées par le temps qu'à la rectitude des architectures. Son choix va aux alignements rompus, à l'abaissement des toitures et des combles, au profilement de quelques lignes montantes, cheminées, tuyaux ou souches, sur le ciel lointain. A travers toutes ces vieilles choses mortes, le jeune artiste fait jouer la lumière avec un savoir très sûr de l'effet. Il n'ignore point toute la magie des oppositions d'ombres et de lumière, tous les mystères du clair-obscur, prodiguant des noirs profonds dans les premiers plans, qui servent de repoussoirs aux arrière-plans caressés par les rayons ensoleillés. Cette subordination de l'ombre à la lumière est une des grandes formules qui ont toujours guidé les véritables dessinateurs. Elle seule donne la vie, l'animation aux moindres décors de pierre et de bois. Elle les ressuscite.

Le métier que s'est créé Jean-Charles Contel, à lui particulier, est très large, très grand, avec une tendance à forcer plutôt l'expression, sans s'attarder à d'inutiles minuties. Sur des mises en pages toujours bien établies, bien coupées, d'un arrangement souvent inédit - bon moyen de renouveler le motif, - l'exécution s'adapte rapidement au thème choisi. Robuste et forte, la facture consiste en de franches indications à l'encre de Chine, dont les lignes filent sous le pinceau, qui cerne et cingle la forme en la précisant. Là-dessus, des frottis de crayon noir et parfois de larges aplats de crayon lithographique, dont le velouté et le grenu rendent si expressivement le rugueux des plâtras et la rudesse des pierres usées. Parfois aussi quelques coulées de couleur, aquarellées de rouges bruns dans les colombages ou les essentes des vieux logis, des gris verdâtres sur les pierres moussues s'exaltent, en quelques touches habilement placées, qui réchauffent le ton du papier. Avec des moyens, somme toute restreints, Contel obtient le maximum d'effet, avec une très grande intensité.

Ayant évoqué les    maisons provinciales, les rues obscures, avec leurs porches et leurs encorbellements, des petites cités normandes, paisibles et calmes, où tous ces vieux logis ont encore gardé leur propreté nette de petites vieilles, il fallait que Jean-Charles Contel aborde Rouen, Rouen capitale du Moyen-âge, « énorme et délicat », tâche périlleuse, après tant d'autres.
     
« Ah ! Rouen, écrivait Victor Hugo dans la fièvre de l'enthousiasme, à sa femme, Ah ! Rouen. J'ai vu Rouen. Dis à Boulanger que j'ai vu Rouen ». On ne peut plus guère se figurer ce qu'était l'admirable Rouen de 1830, qui avait encore conservé maintes églises désaffectées, mais restées debout, maints hôtels, maintes vieilles rues extraordinaires, aujourd'hui démolies ou banalisées à outrance. L'enceinte pittoresque, ses murailles, ses portes, robustes et fortes, était bien disparue. Le Logis du Roi, une merveille de la Renaissance, un second Hôtel du Bourgtheroulde, mais plus coloré, plus chaud, avec ses décorations de briques, de terres cuites, de faïences, avait bien été abattu, pour faire place - c'est le mot - à ce désert ennuyeux de la Place de l'Hôtel de Ville ! Qui n'a pas vu Rouen, avant 1819, disait souvent le père Eugène Dutuit, - un des rares rouennais qui connaissaient leur ville - ne peut pas se figurer quel musée était cette ville, unique au monde ! De ce Rouen, ancien, trop de merveilles de la cité, trésors des siècles, témoignages de sa vitalité puissante, ont disparu, dilapidées par le vandalisme inutile, par l'utilitarisme banal, aux mains d'une prétendue bourgeoisie démocratique, dont la stupidité enrageait Flaubert et qui ne s'apercevait pas qu'en démolissant de tels chefs-d'oeuvre, églises ou chapelles, elle abolissait l'ouvrage de probes et humbles artisans.

Malgré tout, malgré les percements de rues, les grandes « coupes sombres » de 1863-64, il reste encore bien des coins peu connus, et il m'a été plusieurs fois donné, de servir de guide à des artistes, étrangers à Rouen, à la recherche d'aspects insoupçonnés et intéressants. Il m'a été, par exemple, offert de « piloter » l'admirable dessinateur pittoresque que fut le père Lalanne, maître-graveur de premier ordre, quand il vint à Rouen, pour exécuter les superbes dessins à la mine de plomb, du Rouen pittoresque. Vieux, cassé, tordu par les rhumatismes, mais toujours vaillant, l'excellent artiste crayonnait quand même dans tous les quartiers de Rouen, et partout était ravi. Il s'informait toujours cependant, avec son vif accent bordelais, « s'il y avait un tramway pour le retour ». Il n'avait qu'un défaut - et encore ! - il mettait des drapeaux à toutes les fenêtres et dans toutes les rues. On aurait cru vivre dans un perpétuel Quatorze-Juillet ! « Ça fait bien, avait-il coutume de dire. Ça rompt les lignes ! » J'ai aussi conduit un peu dans tous les coins du Rouen... anglais, Andrea Cook, un grand diable d'anglais, élève d'Oxford et de notre Ecole des Chartes, qui a écrit dans la collection des Medieevals towns de Dent, cette admirable et colorée Histoire de Rouen, traitée un peu à la Carlyle et que les lecteurs français attendent encore. Cook était extraordinaire. Rien ne l'arrêtait. Il pénétrait dans les cours, grimpait les escaliers, se précipitait dans les intérieurs. Lui, qui parlait, sans aucun accent, le français le plus pur, à toutes les objurgations, toutes les défenses, ne répondait qu'en anglais, certain qu'on excuserait alors sa curiosité. « Je fais l'Anglais », avait-il coutume de dire. Enfin, pour mon compte, pour un livre peu connu, Rouen d'hier et d'aujourd'hui, j'ai encore guidé, par ci, par là, un excellent dessinateur fort estimé, Charles jouas, qui vient d'être compris dans la dernière promotion de la Légion d'honneur, l'illustrateur de La Cathédrale d'Huysmans, et de la Cité des Eaux d'Henri de Régnier. Charles Jouas ne reculait devant rien et dessinait avec une justesse exquise, d'une rare rapidité. Que d'heures, il passa dans les cabarets de la rue du Ruissel et à la Salle des Mariages du Pont-de-l'Arquet, chez cette bonne Madame Navarre que les dockers avaient baptisée « Notre-Dame des Sept Douleurs », en remerciment des soins qu'elle leur donnait !

Guide pour dessinateurs, il devait m'être donné d'offrir mes bons offices au jeune et ardent Jean-Charles Contel. Un dimanche donc de l'automne dernier, nous entreprîmes la tournée des « Grands Ducs ». On commença aux environs du Palais de justice, où le dessinateur tomba en arrêt sur un ramassis de maisons et de toitures roussies, enchevêtrées, toutes de guingois, bouts d'escaliers en colimaçon, comme suspendu en l'air, tout un ensemble disloqué et disjoint, qui s'est accroché auprès de la vieille porte gothique en pierre de l'Hôtel de Valmont, où, un beau jour, vers 1564, un incendie éclata dans un bal, où périt une partie de la jeunesse rouennaise.
     
De là, il me fut donné de montrer à Jean-Charles Contel, un coin que personne ne connaît, sauf quelques... initiés : les toits et les lucarnes en bois de l'ancien Hôtel de Ville de 1440, encore parfaitement existants et visibles, en une maison de la rue Thouret. Puis devisant, nous gagnâmes bientôt le quartier de la Cathédrale, avec ses ruelles, ses cours enchevêtrées, tota viaria et cheminaria, toute la voirie compliquée de venelles et d'impasses du Moyen-âge.
     
Pour notre jeune dessinateur, ce fut une véritable joie, que la vieille maison du XVe siècle essentée d'ardoises découpées, qui dresse son pignon au coin de la rue des Fourchettes, où s'ouvre sur une baie étroite du premier étage, un délicieux volet, brodé de frêles arcatures, comme un coffre de mariée.
     
Mais où Jean-Charles Contel ne se tint plus, ce fut devant l'enfilade de la rue du Hallage, s'entrecroisant avec de courtes ruelles, puis descendant peu à peu, entre des murs lépreux, en se resserrant pour passer sous des appentis surplombants, coiffés de pignons où le plâtre écaillé, délavé par les pluies, laisse à nu le rouge de la brique. Alerte, heureux, notre jeune ami regardait d'un oeil amusé, tel recoin particulièrement truculent ; il méditait déjà quel parti on pouvait en tirer, quel éclairage pourrait le mieux en intensifier le caractère. Et, s'il se retournait, nouvel émerveillement. Derrière des pans de murailles et de bâtisses en hauteur, bardées d'ardoises, c'était une autre échappée sur la flèche de la Cathédrale. Et Contel n'en revenait pas. C'était encore plus inattendu, plus invraisemblable, plus extraordinaire. Et déjà, mille nouveaux projets s'échafaudaient dans l'esprit si vif, si compréhensif de l'artiste !
   
Par quelques détours, nous gagnâmes le vieux et pur Martainville, où nouvel émerveillement, nouveaux cris d'admiration, devant la vieille Maison des Allumeurs, perdue dans ce quartier tant soit peu mal famé. Du dehors, il est encore très pittoresque, ce logis vétuste, dont les poteaux en bois s'ornent de balustres, dont la petite porte montre encore, au-dessus d'un arc en anse de panier, une statuette de saint Michel terrassant le Dragon. Mais cet aspect extérieur n'est rien à côté de l'aspect intérieur. Pour y pénétrer, il faut maintenant passer par un couloir à côté, grimper des escaliers, redescendre des marches branlantes. Vous vous trouvez alors dans une courette, dont le décor vous reportera en plein Moyen-âge populaire. Sur les trois côtés, de hauts bâtiments en charpente et en colombages se dressent, mais roussis, brunis, tannés, sauris, bistrés, dorés, chauffés par les coups de soleil, entourant la cour, pavée, remplie de caisses et où piaille toute une marmaille. A toutes les fenêtres, entourées de moulures et de pilastres, sèchent, sur des cordes, des haillons et des loques qui pendent, tandis que sur l'about de la poutre du couloir, se détache, plus roussi encore, un bas-relief grossièrement sculpté de l'Assomption de la Vierge, se découpant sur un nimbe radieux, entre des chérubins. Vous voyez d'ici les cris admiratifs de Contel, qui pourtant s'y connaît un peu en vieux logis !...

Par la rue des Espagnols, en longeant les longs murs gris des Galiots, qui s'allongent au bord de l'Aubette, ancienne prison des galériens de la chiourme, on gagne certain logis... à surprises, qui occupe maintenant l'emplacement de l'ancienne Tour du Tot. Vous entrez par une porte basse ; vous escaladez quelques marches, vous en redescendez autant et vous voilà dans une courette amusante. Redescendez encore et vous vous trouvez au niveau de l'eau noire et sordide de l'Aubette, au moment où elle s'engouffre pour disparaître en une voûte sombre, au coin de la rue de la Vieille-Bouteille. De tous les côtés, bordant la rivière et trempant dans ses remous, des bâtisses lépreuses et enfumées surplombent son cours. Au long des murs, courent des galeries ; sont suspendues des échauguettes, d'où dégringolent des tuyaux de plomb, crachant les eaux pluviales, tandis que des perches font sécher des peaux tannées, se balançant au gré du vent.

Et ce jour-là, Contel et moi nous ne poussâmes pas plus avant ! Nous en avions passé et des meilleurs ! De cette balade à l'aventure, et de bien d'autres faites par notre jeune dessinateur, est un peu sorti le recueil actuel. Jean-Charles Contel y a mis le meilleur de son talent personnel et original. Il s'est efforcé, avec sa maîtrise déjà sûre et puissante d'être à hauteur du grand sujet offert à son crayon et qu'il est loin d'avoir épuisé. De plus, il y a mis toute son âme, toute sa tendresse filiale et émue envers le Passé. Contel, en effet, ne voit pas seulement dans le décor des maisons anciennes, un thème pictural ou graphique. Il sait tout ce que la vie des pauvres maisons a gardé de souvenirs enclos. On en jugera, du reste, par les beaux dessins de cet album : par l'Impasse de la Tour d'argent ; par la Rue de l'Amitié ; par une vue de l'Eglise Saint-Nicaise ; par la Rue du Hallage ; par des aspects de l'Eau de Robec ; par la Rue du Petit Salut et par mille croquis, qui font revivre les logis d'autrefois. Ce fut un peu le même sentiment de respect du passé qui inspira Auguste Bunoust, dans son livre d'une suavité si tendre, Les Nonnes au jardin. Jean-Charles Contel a voulu que le nom de son compatriote et ami figurât dans ce recueil et les amis fervents du jeune poëte, le trouveront au bas de deux admirables poëmes, d'une douceur infinie.
    
Poëte et peintre, jeunes tous deux, se sont unis, comme on le voit, pour chanter, en plein accord, la beauté et la gloire de Rouen.

Georges DUBOSC

*
* *

Rouen, le soir

L'eau du pavé s'anime au feu des réverbères ;
Dans un carreau brisé, le vieux jour délibère
S'il va mourir comme il est né : triste, indigent...
Il meurt, et sera plaint d'une cloche d'argent.
A lors, tu vas sentir, au fil de la ruelle,
L'ombre épaisse boucher, comme à pleine truelle,
La résille des murs, la guipure des bois,
Et le gable, le faîte, accrus d'un sombre poids,
Impuissants à trouer la nuit qui les accable,
Accumuler sur toi des sombreurs implacables.
Là-dessous, fais marcher quelque rêve inventif.
Une auto ronfle au bas d'un porche à pendentifs :
N'importe ! au fond des cours, de mousse gangrenées,
L'Amour attelle encor ses douces haquenées.
Aux trumeaux des salons mués en entrepôts,
Suinte obscurément l'odeur moite des peaux :
N'importe ! entends tinter l'arbre givré des lustres
Au vent de la pavane et des basques illustres.
Glisse un prêtre : aperçois le Grand-Pénitencier
Semant à l'air l'oubli de lourds péchés princiers.
Las ! quel limpide écho de douleurs très lointaines
Pleure encor sous les pieds des Vierges des fontaines !
Chauve-souris nichée au Passé poussiéreux,
Ton Souvenir s'éveille, ouvre ses yeux peureux :
Prends garde, il petit frôler, de son aile grisâtre,
Le balcon flamboyant d'un Cinéma-Théâtre,
Et retomber en cendre, au sortir de ton coeur,
Dans le fleuve où languit l'adieu d'un remorqueur.
Passe vite... regarde : ici, les pignons baignent
Dans une obscurité presque vide et brehaigne...
Pourtant, de ce néant, des toits, des toits plus hauts
Déferlent, mer houleuse aux rigides cahots.
Comme ton phare au-dessus de ces flots insonores,
Un clocher monte, orné de vagues madrépores,
Puis un autre, et ta foi les devine au ciel noir,
Les beaux donjons campés sur les divins manoirs.
Que parlais-tu, céans, de masse et de malaise ?
Vois, les flèches de Dieu criblent la Nuit mauvaise,
Et sa robe se perce à cent pinacles, dards
Qu'un saint Archer lui lance : Ouen, Patrice ou Godard.
Vois, dominant logis et bastilles guerrières
Et l'immense vaisseau de l'église empérière
Sur les fibres du fer ouvré, tordu, dressé,
Notre-Dame fleurit la tige de Jessé.
Prie, et c'est au lieu même où doit flotter son voile
Qu'enfin va te sourire, ô Passant, ton étoile.

Auguste BUNOUST


Complainte du Cours-la-Reine

Mon, coeur est vieux, ces temps sont loin...

Rangés en des capuchons sobres,
Les talons brossés avec soin,
On nous promenait dans ce coin
Où, saignaient les feuilles d'Octobre.

C'était triste, si tu savais !
La Seine, qui servait de cible,
Sourcillait, visage irascible
Lapidé par nos poings mauvais.

Cercueils où se drapait la brume,
Des chalands déchiraient les eaux.
Et, dessus, des cages d'oiseaux
Piaillaient, dégouttantes d'écume.

Un Maître, enlevant son rabat,
Sautait, criait comme un autre homme ;
Un forain nous vendait des pommes
Au goût de pluie et de tabac.

Tout prés, de rudes gymnastiques
Accroupissaient des bourgerons ;
Cynique, un joueur de clairon
Souillait l'air ecclésiastique.

Pas une cloche au ciel brutal !
Bonsecours trônait en silence
Une usine avait l'insolence
De fumer sous son piédestal.

Premiers sursauts de l'âme en haine
Devant le Siècle exhibé nu,
C'est là que je vous ai connus,
Sous l'automne du Cours-la-Reine !

Au bord de ce fleuve, oublieux
De ses reflets d'ogives blanches,
Qui charroyait des trains de planches,
J'ai senti se brouiller mes yeux...
Ces temps sont loin, mon coeur est vieux.

Auguste BUNOUST


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