CLARETIE, Jules (1840-1913) : Jules Sandeau.- Paris : A. Quantin, imprimeur-éditeur, 7 rue Saint-Benoit, 1883.- 32 p.- 2 f. de pl. ; 17,5 cm. - (Célébrités contemporaines).       

Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (01.X.2010)
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Jules Sandeau
1811 - 1883
par
Jules Claretie

~*~


J’ÉCOUTAIS, l’autre jour, deux académiciens des plus célèbres dire, en parlant des futures élections à l’Académie :

- Celui qui aura à prononcer l’éloge de Sandeau sera bien heureux ! Il n’y a pas de portrait littéraire plus aimable à faire et plus touchant.

Et Victorien Sardou avait bien raison. Aimable, voilà le mot qui peint le mieux Jules Sandeau. Il fut aimable, c’est-à-dire accueillant, d’un commerce sûr, d’une amitié dévouée, d’une philosophie souriante et résignée que, seule, la mort d’un fils put assombrir. Il fut aimable et aimé, on l’a bien vu au lendemain de sa mort. Jamais cercueil ne descendit dans une tombe accompagné de plus de regrets sincères et de plus d’émotion vraie. Il n’y eut qu’une voix dans cette presse si divisée pour louer ce romancier de grand talent qui fut un homme de bien. Je dis une voix, car je ne compte pas les articles de jeunes gens qui, n’ayant rien lu, trouvent plus commode de nier ce qu’ils ne connaissent point et prétendent faire dater la littérature des essais de leurs camarades de la veille et des élucubrations des pseudo-naturalistes nouveaux.

Jules Sandeau est mort à l’âge de soixante-douze ans, après une vie bien remplie, honorée et digne d’être offerte en exemple aux purs hommes de lettres. Il les aima par-dessus tout, ces Lettres, qui consoleraient de toutes les douleurs s’il y avait une consolation pour certaines blessures. Il ne s’appelait pas Jules en réalité, mais Julien : Léonard-Silvain-Julien Sandeau, dit son acte de naissance. Son père était contrôleur ambulant de l’administration des droits réunis de l’arrondissement d’Aubusson ; son parrain, Julien Parricaud, contrôleur principal des droits réunis. On sait comment chez le jeune Limousin naquit le goût des lettres. Il rencontra sur sa route une femme de génie, qui était une séduisante femme, et ils unirent à la fois leurs rêves d’amour et leurs songes de littérature et d’art. Plus tard, en ses Lettres d’un voyageur, George Sand aura une page éloquente, quasi déchirante, pour regretter les années de cette collaboration sous les toits, et dans la Croix de Berny, Jules Sandeau, sous un pseudonyme, parlera avec émotion de ces heures passées, là-haut, autour de la petite lampe commune.

Sandeau, né le 11 février 1811 et mort le 23 avril 1883, avait fait ses études à Bourges, puis était venu à Paris, à dix-sept ans. Une fois son droit achevé, il débutait en 1831, à dix-neuf ans, dans le Figaro, que dirigeait l’auteur de Fragoletta et de la Vallée aux Loups, le Berrichon Henri de Latouche. On retrouvera sur de Latouche, qui fut un initiateur, un esprit ardent, un écrivain épris des néologismes, et qui inventa plus d’un mot devenu courant : principicule, camaraderie, des détails très vivants dans l’Histoire de ma vie de George Sand, et surtout dans sa Correspondance. Henri de Latouche protégea Sandeau et devina Mme Sand.

En cette même année 1831, Jules Sandeau et George Sand publiaient un roman écrit en collaboration et intitulé Rose et Blanche.

« Est-ce que la vie vous a beaucoup amusé, monsieur ?

- C’est un méchant livre que je ne voudrais pas relire, répondit le vieillard ; je vous souhaite le bonsoir. »

Ainsi finissait le roman de Rose et Blanche, ou la Comédienne et la Religieuse, par J. Sand, que publiait en 1831 l’éditeur B. Renault, avec une vignette de Lorentz, - le vieux Lorentz qui vit toujours, - représentant une nonne en ses voiles blancs, assise sur un banc de pierre, causant avec une actrice en manches à gigot, sous la niche d’une madone creusée dans une chapelle gothique. Toute une époque dans quatre coups de crayon !

Ils avaient, les deux auteurs de Rose et Blanche (car ils étaient deux), l’un un peu moins de vingt ans, c’était Sandeau ; l’autre, un peu plus de vingt-cinq ans, c’était George Sand, quand ils signaient ensemble, du pseudonyme de J. Sand, cette profession de foi pessimiste : « La vie ? Un méchant livre que je ne voudrais pas relire. »

On a de ces cris amers aux premières déceptions rencontrées, à la première larme bue, puis on s’apaise, on se résigne, on prend la vie pour ce qu’elle est, - une maladie dont on est bien certain de guérir tôt ou tard, - et, quand on a le calme génie d’une George Sand, on devient une aïeule admirable après avoir été une femme inquiète, troublée, désolée parfois ; ou, quand on a l’âme et la bonté d’un Sandeau, on fait de l’existence non pas un livre de révolte et de souffrance, mais un traité de douceur vraie, de résignation souriante et de dévouement aux justes causes.

Ce  fut un honnête homme que ce poète du devoir. Toujours il eut je ne sais quoi de juvénile et de bon, une tendresse et une candeur d’âme sous une apparence de troupier souriant et moustachu.

George Sand ne lui prit point sa vie, comme à Rolla, mais elle lui prit la première partie de son nom. Elle-même a conté l’histoire. « Un premier ouvrage fut ébauché par moi, refait en entier ensuite par Jules Sandeau, à qui de Latouche fit le nom de Jules Sand. Cet ouvrage amena un autre éditeur, qui amena un autre roman sous le même pseudonyme. J’avais écrit Indiana à Nohant, je voulais le donner sous le pseudonyme demandé ; mais Jules Sandeau par modestie, ne voulut pas accepter la paternité d’un livre auquel il était complètement étranger ». Cela ne faisait pas le compte de l’éditeur, ajoute G. Sand. Le « premier ouvrage » s’était bien vendu ; le marchand tenait à en écouler un autre. Henri de Latouche trancha la question. Sand resterait « indivis ». Mme Dudevant prendrait un autre prénom, George, Sandeau signerait comme il voudrait : Jules, de son nom, Jules Sand, et Jules et George passeraient pour cousins ou pour frères.

Julien Sandeau voulut bien signer « Jules Sandeau », mais par modestie (c’est ce que raconte George Sand) il ne consentit pas à se parer « des plumes » de l’auteur d’Indiana.

« A cette époque, dit l’auteur du Marquis de Villermer dans l’Histoire de ma vie, Jules Sandeau était fort jeune et avait bonne grâce à se montrer si modeste. Depuis, il a fait preuve de beaucoup de talent pour son compte, et il s’est fait un nom sous son véritable nom. »

Quel livre étrange que ce livre en cinq petits volumes de Rose et Blanche !

C’est, dans le brouhaha violent d’un drame, les angoisses amoureuses d’une religieuse et d’une comédienne, l’amour donnant la raison à une malheureuse idiote, et de la raison la faisant monter, ou tomber, à la folie ; un livre amer, désenchanté, byronien, un de ces livres de désespérance comme on en conçoit à vingt ans, quand on a toutes les appréhensions et comme les affres de la vie, et, - chose singulière, - avec cela, un livre audacieux de réalisme, comme nous disions hier, ou de naturalisme, pour parler comme ceux d’aujourd’hui, - un livre rêvé et observé, pleine de blasphèmes à la Manfred et de gros jurons à la Henri Monnier, un livre dont le début fait songer à quelque folie saine et heureuse de Pigault-Lebrun et le dénouement annonce déjà Lélia ; - un livre où il y a de la belle humeur un peu militaire de Sandeau jeune et beaucoup des colères de la baronne Dudevant révoltée.

Quand la première édition du roman fut publiée, les deux auteurs partageaient ensemble, dans la même mansarde, la chère joie du premier succès.

Lorsque parut la seconde édition de Rose et Blanche, George Sand et Sandeau s’étaient déjà séparés, et Jules Sand, cet auteur d’un seul livre, ce Séraphita-Séraphitus d’un seul rêve, n’existait plus. Jules continuait sa vie dans une solitude où l’amertume se voilait d’un sourire, et Sand emportant, comme je le disais tout à l’heure, la moitié du nom et peut-être la moitié du coeur du jeune homme, entreprenait, un bâton à la main et le sac sur le dos, ce voyage en Italie que Musset devait illustrer de ses croquis à la plume et payer de son éternel repos.

« Le but de ce pèlerinage, disait alors à George Sand Henri de Latouche, est le plus noble que se puisse proposer un généreux athlète. Briser sa chaîne est la plus belle fin des entreprises humaines. Plus intéressant que le voyageur qui va demander aux Alpes les trésors de leurs entrailles, des richesses aux cours ou des indulgences à la religion de saint Pierre, le but de cette course est la liberté. »

Et Henri de Latouche bénissait presque le pèlerinage de George Sand : « Poursuis ta course, ami ; secoue de tes pieds jusqu’au dernier grain de la poussière de France ; purifie-les dans la rosée des fleurs de l’Abruzze ou dans le docte cristal de l’Arno ! »

George secoua si bien « la poussière de ses pieds » qu’elle en secoua non seulement sur Sandeau qu’elle délaissait, mais sur Musset qu’elle emportait à ses semelles.

Jules Sandeau, même marié, même vieilli, n’oublia jamais complètement cette souffrance. Il n’avait pas revu George Sand depuis des années, de ces longues années où chacun, la chaîne dénouée, se refait à part soi une vie nouvelle, au hasard des destinées, lorsqu’un soir, dans les bureaux de la Revue des Deux Mondes, un petit homme chauve, à tournure militaire et pensive, heurta en entrant une femme grasse, au teint de tzigane, qu’il salua poliment :

- Pardon, madame !

- Pardon, monsieur !

Et quand Sandeau se fut assis :

- Quelle est donc cette dame ? demanda-t-il.

- Comment ! C’est vous qui demandez cela ?... C’est George Sand !

Le romancier tourna involontairement la tête vers cette porte par où venait de sortir encore vivant son passé ! Ironie de la vie humaine et vanité des passions qu’on croit éternelles ! Les auteurs de Rose et Blanche venaient de se retrouver face à face et ils ne s’étaient pas même reconnus !

Mais il ne nous appartient pas et il ne nous plairait guère de nous appesantir plus longtemps sur ce roman vécu qui fut et restera un des problèmes littéraires et psychologiques du XIXe siècle. L’avenir cherchera la vérité dans les lettres de George Sand, de Musset, de Sandeau, comme il a cherché le secret de Mlle de Lespinasse, de Mora, de Guibert et de d’Alembert et celui de Rousseau et de Mme d’Houdetot dans leurs confidences. Pour nous, nous ne voulons voir et ne voyons dans George Sand que l’admirable femme que nous avons eu l’honneur de connaître, la vénérable et bonne grand’mère, la simplicité, le dévouement même, adorant son fils, dont le talent est profond, faisant le bien, donnant à tous : - une grande âme et une âme de génie. Et dans Musset nous n’apercevons plus que le poète déchirant des Nuits, comme en Sandeau nous ne voyons que l’auteur exquis de Mlle de la Seiglière et de la Maison de Penarvan.

Un critique très pénétrant, d’un talent de premier ordre, M. Gustave Frédéric, a tout justement écrit au lendemain de la mort de Sandeau, dans l’Indépendance belge, à propos de ce passé que nous laissons enseveli en un respectueux silence :

« La correspondance de George Sand avec Sainte-Beuve n’a pas été détruite, et elle appartient à M. de Spoelberch de Lovenjoul. Elle doit être du plus haut intérêt et nous faire pénétrer au fond de ces premières années orageuses de l’auteur de Lélia. Nous ne savons si Jules Sandeau apparaît dans ces lettres de George Sand. C’est douteux. Ce qui reste de l’union de ces deux années, 1830 à 1832, ce sont deux noms d’auteurs : George Sand et Jules Sandeau. On dirait que celui-ci, après la séparation, qui a commencé de lui faire un nom, a caché sa vie et n’a plus montré que ses livres. A peine sait-on que Jules Sandeau était, en 1835, de l’intimité de Balzac, que le grand romancier le dépêchait alors à Théophile Gautier, qui venait de faire paraître Mademoiselle de Maupin. Il s’agissait, pour Balzac, de recruter Théophile Gautier pour la Chronique de Paris. Gautier a raconté comment il vit entrer, un beau jour, en 1835, dans sa petite chambre de l’impasse du Doyenné, Jules Sandeau. Le déjeuner chez Balzac qui suivit cette visite est devenu, avec la fidélité de mise en scène, la curiosité de reproduction de Théophile Gautier, tout un chapitre d’histoire intime et de psychologie littéraire. »

Dans une autre étude donnée par un écrivain mort trop tôt, M. Eugène Lataye, au journal l’Artiste (21 février 1858), je trouve un jugement excellent sur Sandeau, et ces pages oubliées du critique disparu, les meilleures qu’on ait consacrées à Sandeau vivant, mériteraient de revivre :

M. Lataye y prouve que ce Sandeau, traité hier par les néo-naturalistes de vil idéaliste, fut, à son heure, un ami de cette « âpre vérité » dont Stendhal proclamait la grandeur souveraine. Oui, Sandeau, au milieu de la mêlée romantique, fut dès ses premières oeuvres, un réaliste attendri et profond, étudiant la vie et l’homme sur nature.

La plupart, dit Eugène Lataye, avaient méconnu cette loi générale qui domine l’art et la littérature aussi bien que la société, et que M. Jules Sandeau a formulée à peu près dans les paroles suivantes : « La réalité seule est féconde ; il ne s’agit que de savoir la comprendre et l’aimer. » Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, nous ne pouvons sortir de la vie ordinaire. Si développé que soit notre libre arbitre, quelle que soit la puissance de notre force actionnelle, nous ne pouvons échapper à la destinée qui nous est imposée par notre organisation, nous ne pouvons graviter hors du cercle commun à tous. Le rayon de ce cercle varie, il est vrai, pour chaque individualité humaine, mais il faut bien se pénétrer qu’il a une limite fixe et non indéfinie.

Seulement, et encore un coup, cette réalité, Jules Sandeau « l’interprétait » selon son tempérament et son âme. Il était, en art, de la religion de Platon. Ce qu’il aimait, c’est la splendeur du vrai, l’héroïsme dans la passion, le sublimé de l’amour. Mais un sublimé et un héroïsme de tous les jours, si je puis dire : - en deux mots, la simplicité dans la grandeur. « Il ne faut pas nier, dit encore le critique de l’auteur de Marianna, que M. Sandeau ait atteint le premier but, qui est de créer ; ensuite, les idées qu’il expose appartiennent à l’ordre des idées vraies et éternelles, considérées dans les limites auxquelles chacun peut atteindre. Elles nous ont démontré, une fois de plus, que ce n’est ni dans l’exagération ni dans une originalité étudiée que réside la grandeur, mais que la véritable supériorité de l’esprit est là où se trouve la soumission raisonnée et intelligente aux exigences de la vie commune. »

Dans Madeleine, les quatre objets de la vie humaine, « aimer, travailler, rêver, espérer », se trouvent comme proclamés et chantés par un poète de la prose. Dans Marianna, le devoir, l’humble devoir sans déception, est opposé à la passion, aux hennissements de la passion, comme disait Bossuet, avec une séduction inoubliable. Cette Marianna est vraiment un document sur l’âme humaine à une date donnée. Qui n’a redit avec les héros déçus par la vie de ce livre en regardant, à l’horizon, un coin de terre qu’on ne verra plus : « Le bonheur était là ?... » Le mot est resté. Il a soulagé bien des coeurs.

Jules Sandeau mêle ainsi, dans ses livres, le paysage à l’étude de l’âme. Il encadre les douleurs humaines en des décors qui n’empiètent pas sur la psychologie, qui la complètent ou par leur harmonie ou par leur ironie même. Comme Mme Sand, c’est un paysagiste de l’école de Rousseau. Il y a sur sa palette un peu du bleu de la pervenche des Charmettes. Il y mêle comme un parfum et une mélodie.

André Theuriet a comparé le talent lumineux de Sandeau à ces belles journées d’été de notre Limousin et du Poitou. Dans toutes les oeuvres de ce maître-charmeur, depuis Madame de Somerville jusqu’au Colonel Evrard, il y a, en effet, de la lumière, une harmonie, une séduction. Rien de trop, et tout s’y rencontre. Madeleine, Mademoiselle de la Seiglière, Sacs et Parchemins, la Maison de Penarvan, Jean de Thommeray, autant d’oeuvres solides où la virilité est saine, où l’effort et la pose n’apparaissent jamais. Autant d’oeuvres vivantes que le théâtre a consacrées. Tout personnage qui peut passer du livre sur les planches et vivre de la vie de la scène a du sang dans les veines.

J’ai conté, à propos de M. Émile Augier, comment Jules Sandeau et lui avaient été amenés à collaborer, à écrire la Chasse au Roman pour le théâtre des Variétés. Sandeau était critique dans la Revue de Paris et il avait là salué l’avènement du maître qui donnait alors la Ciguë (1).

Au théâtre tout comme dans le roman, Sandeau charma. Quelle fut la part exacte de M. Régnier dans Mademoiselle de la Seiglière, de M. Adrien Decourcelle dans Marcel et du maître Augier dans le Gendre de M. Poirier, la Pierre de touche et Jean de Thommeray ? Je ne veux pas le rechercher.

Applaudissons ces chefs-d’oeuvre et jouissons-en sans en chercher le secret. Il n’y a qu’un secret, du reste, en eux, c’est l’art de nous séduire et de rester jeunes, frais et purs après des années. Quant à leur histoire même, nous n’en saurons jamais rien. Jules Sandeau n’est plus là pour en reporter le mérite à celui qui survit et qui, s’il parlait, ne parlerait que de Sandeau.

Sandeau, sympathique et doux, apportait à la scène cette bonté qui est pour l’homme comme la beauté morale. Avec lui, le public était mieux que dompté, il était charmé, et, au mâle accent de son collaborateur, l’auteur de Marianna ajoutait comme une grâce et une douceur féminines. Sandeau n’a donné seul qu’une pièce de théâtre, la Maison de Penarvan. Le roman était admirable ; la pièce (et le fait contredit un peu ce que je disais tout à l’heure) réussit peu.

A la scène pas plus que dans ses livres, Sandeau, d’ailleurs, ne violenta le succès : il le trouva sans le chercher. Il semblait peu fait, lui, l’homme du rêve, pour l’art spécial et pratique du théâtre, qui vit surtout de réalité. Mais cette réalité même, dont on parle tant, il l’a cherchée, poursuivie, aimée. Il fit mieux que l’aimer, il la fit aimer.

En nous peignant les orages mêmes de la vie, il semble, en effet, qu’il veuille nous les faire oublier. Chez lui, les pleurs s’effacent vite dans un sourire et l’ironie se fond dans une larme. Il a l’esprit qui touche, parce qu’il a - c’est un mot qui pourrait être de lui - le coeur spirituel.

Son théâtre plaît, comme ses romans, comme plaisait sa personne même. Ses fières jeunes filles, ses coeurs dévoués, fidèles aux souvenirs, inaccessibles aux lâchetés, préférant l’amour à l’argent et l’honneur aux honneurs, ces vertueux et ces vaillants gardent comme un reflet de son âme.

« Il existe, disait-il, un privilège de nature qui m’a toujours semblé tenir le premier rang au commerce des hommes, c’est le don de plaire. J’en dirais volontiers ce que Montaigne disait de la beauté. Comme la beauté, il séduit et entraîne notre jugement ; avec une autorité plus douce et plus sûre que celle du génie, il s’insinue au fond des âmes et n’en trouva pas de rebelles. Heureux qui l’apporte en naissant ! »

Ce don, Jules Sandeau l’eut toujours et le garda jusqu’à la fin. Aimable et aimé, - je répète ces mots qui le peignent - il apportait en toutes choses une séduction particulière. Nous lui devons une des joies de notre vie : il fit, à l’Académie, un rapport sur un de nos livres, le Drapeau, et M. Camille Doucet voulut bien emprunter le jugement de Sandeau pour caractériser nos efforts. Nous ne l’oublierons jamais.

Sandeau avait ainsi du féminin en lui et du charmant. Le théâtre, au surplus, c’est la femme. Dramaturges, dites-moi les femmes que vous avez créées, et je vous dirai qui vous êtes. Eh bien ! comme de vivants fantômes, il me semble que des visions souriantes se penchent au-dessus du dernier sommeil de Jules Sandeau : c’est Mlle de la Seiglière, c’est la fière Renée de Penarvan et, entre elles deux, cette petite bourgeoise aussi fière qu’elles, Antoinette Poirier, qui compte ses quartiers de noblesse au nombre des battements de son coeur. Et elles ne sont pas seules ! Ces vaillantes ont des frères. Le plus attirant peut-être, c’est ce dernier né du conteur si français qui l’aima, notre France, dans sa langue, dans son histoire, dans son héroïsme, dans ses souvenirs, et voulut faire entendre sur la scène, après le grand mot de Devoir, le beau nom de Patrie.

Je me rappelle encore, au dénouement de Jean de Thommeray, la dernière pièce que Jules Sandeau ait signée avec M. Émile Augier, le saisissement qui nous prit lorsque, sur la scène de la Comédie-Française, nous vîmes apparaître, dans leurs poudreux uniformes de campagne, les mobiles de Bretagne, biniou en tête, avec le vieux comte de Thommeray pour les commander. Il y avait là un mot qui donnait le frisson, un de ces frissons d’enthousiasme et de foi qu’on trouve encore même dans la défaite, et l’âme des deux auteurs était si haute que nos espoirs en deuil pouvaient sans honte contempler ces vareuses en lambeaux. Le vieux M. de Thommeray faisait l’appel de ses hommes et lorsqu’il avait fini, un nouveau venu, l’héritier des Thommeray, enfant prodigue échappé à la maison bretonne et emporté par la vie de Paris, s’avançait tête nue et réclamait sa place au bataillon et sa part de danger.

« Qui êtes-vous ? disait le père.

- Un homme qui a mal vécu et qui a juré de bien mourir ! »

Le commandant remettait un fusil à ce soldat inattendu et lorsque le jeune homme était rentré dans le rang :

« Jean de Thommeray ! » disait le père en continuant son appel.

Alors une voix mâle répondait : Présent !

Présent ! ce fut quand sonnait l’heure de tous les dévouements, la devise aussi, l’éternelle devise de Jules Sandeau. Présent à toute bonne action, présent aux périls de ses amis, aux batailles des anciens, aux débuts des nouveaux ; présent, toujours présent lorsqu’il s’agissait de rendre un service ou de soulager une infortune ; et, lorsque dans la bibliothèque des délicats on cherchera une de ses oeuvres et on appellera son nom dans l’avenir, la postérité aussi répondra par le dernier mot de Jean de Thommeray : Présent !

Mais, plus heureux que son héros, après avoir noblement vécu, Jules Sandeau a pu doucement mourir, aimé, respecté et pleuré, et nous lui pouvons rendre cette justice que, doublement applaudi, doublement célèbre, après avoir écrit le roman des âmes hautes et des esprits fiers, il collabora au théâtre des honnêtes femmes, des coeurs droits et des braves gens.

Le 11 février 1858, M. Jules Sandeau avait été élu membre de l’Académie française. La poésie et le roman sortaient à la fois, ce jour-là, victorieux de la bataille. M. Victor de Laprade succédait à Alfred de Musset, et M. Jules Sandeau à M. Briffaut. « L’élection de MM. de Laprade et Sandeau, disait l’Artiste, donne raison à nos espérances et réconcilie heureusement l’Académie avec la littérature. Un culte sincère pour la poésie, un rare talent de forme, un sentiment élevé des grandes choses de l’art, méritaient depuis longtemps à M. de Laprade l’honneur qui lui échoit. M. Sandeau, qui n’est qu’un conteur, mais un conteur de la meilleure école, n’était pas moins digne du fauteuil académique. Observateur délicat des moeurs modernes, interprète charmant des sentimentalités nouvelles, paysagiste quand il le veut être et poète presque toujours, l’auteur du Docteur Herbeau sera désormais l’une des physionomies les plus sympathiques de l’Académie française. Cette élection sera d’un bon exemple ; elle nous rassure pour l’avenir. »

La vérité est que Jules Sandeau était de ceux qui honorent une Compagnie comme l’Académie. On lui fit bien sentir que, pour la première fois, l’Institut, au pays de Le Sage, de l’abbé Prévost, de Stendhal, de Ch. de Bernard, de Balzac, de Dumas et de Soulié, ouvrait ses portes à un romancier. Mais quel romancier ! Un de ceux qui, par le roman, nous ont, tout en le peignant, allégés de la vie.

Lui, ce consolateur des âmes, ne se consola jamais du malheur qui avait frappé la fin de son existence :

« Les dernières années de Jules Sandeau ont été sombres, a dit M. Gustave Frédéric. Il avait perdu son fils unique, officier de marine brillant ; il ne faisait plus de pièces, plus de romans, il semblait désintéressé de la vie, désintéressé de son nom et de son talent.

« Je sais un dernier roman qu’il aurait pu écrire, un roman idéal et réel, une vision dans la souffrance, une union dans la mort. C’est le roman de son fils, mourant à Menton d’une maladie de poitrine, pendant qu’une jeune fille distinguée, charmante, atteinte du même mal, s’éteignait dans une maison voisine. Jamais ces malades ne s’étaient parlé, mais ils se suivaient des yeux, de la pensée. Un peu des fleurs et des fruits qu’on apportait chaque jour à la jeune fille était envoyé à celui qu’elle ne connaissait que par leur commune tristesse, par cette sympathie de deux existences qui se voient finir toutes deux, du même coup, en même jeunesse. Et quand elle expira, lui, quelques heures après, rendit l’âme.

« Que la mère de cette jeune fille me pardonne d’avoir touché à un si douloureux et si pur souvenir. Mais il me semble que si Jules Sandeau n’a plus écrit de roman, c’est qu’il ne pouvait plus écrire que celui-là. Et celui-là, ce roman qui n’a été qu’un rêve, cette entente poignante et à distance, cette adoration muette, il a craint sans doute de l’altérer, en le fixant dans des phrases écrites. Il y aurait trop mis de son coeur, pour y pouvoir mettre tout son art. »

Ce fils adoré de ses parents, M. Émile Augier devait le faire, en quelque sorte, revivre dans le discours qu’il prononça, après les éloquentes paroles de M. Rousse et de M. Émile Perrin, sur la tombe de Jules Sandeau.

Discours ? Non. C’était un acte que M. Augier accomplissait là. Jules Sandeau lui avait lu si souvent certaine lettre écrite par M. Sandeau fils, lettre superbe de sentiment, d’émotion et de style, lettre digne de mémoire, que l’ami survivant crut bon et doux à la mémoire de son ami de venir évoquer le cher fantôme du fils devant la tombe du père.

- Il m’a semblé, disait Émile Augier à quelqu’un, que Sandeau eût été heureux d’apprendre qu’on parlerait là de son enfant !

Et l’auteur de la Ciguë n’avait qu’une crainte, c’était de ne pouvoir lire sans larmes cette lettre vraiment faite, pour arracher des pleurs, et que l’on pourrait placer, en vérité, dans les recueils populaires destinés à enseigner à nos enfants le sacrifice et le devoir.

« Je veux, dit Émile Augier, rendre à mon ami un hommage dont il sera touché, s’il nous entend devant cette tombe. Je veux réjouir son âme en l’honorant dans son oeuvre la plus chère et la moins connue, dans ce fils qu’il a tant aimé et dont la mort l’a tué.... Oui, tué ! car ce coup terrible, en l’abattant, lui a ôté tout désir de se relever. « Pourquoi, me disait-il un jour, pourquoi voulez-vous que je me soigne ? Mon petit Jules est mort ! » Et cette adoration n’était pas l’aveuglement de l’amour paternel. Jamais fils n’en fut plus digne.

Celui que son père appelait encore le petit Jules était un des officiers les plus énergiques de notre marine... Ce vaillant jeune homme eut le chagrin de ne pas prendre part à la lutte de 1870. L’occasion parut pourtant s’offrir un jour, mais pour se dérober aussitôt. C’était dans les mers du Japon, en rade de Yokohama. Sandeau montait la frégate la Vénus, mouillée auprès d’une frégate allemande, la Méduse, quand la nouvelle de la guerre arriva dans ces lointains parages. Aussitôt le commandant français leva l’ancre en faisant savoir au Prussien qu’il allait l’attendre au large ; en attendant cette rencontre qui ne devait pas avoir lieu, car le Prussien préféra rester dans la neutralité de la rade, Sandeau écrivait à ses parents une lettre que je vous demande la permission de vous lire. Elle est digne de mémoire :

                        Yokohama, dans la nuit du 13 au 14 octobre 1870.

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« Dans quelques heures nous serons aux prises avec l’ennemi, nous combattrons à forces à peu près équivalentes. - Je suis parfaitement calme et sûr de moi ! J’ai votre chère pensée dans le coeur ; elle me gardera, j’en suis certain. Pourtant, si je suis tué, mes pauvres chers bien-aimés, dites-vous dans votre peine que votre enfant est mort en accomplissant le premier des devoirs, en défendant l’honneur de son pays.

« Je viens de recevoir vos lettres du 26 août. Vous l’aimez bien, notre chère France ; vous ne lui en voudrez pas de vous avoir pris votre fils.

« A cette heure, la plus grave, la plus solennelle de ma vie, toute mon âme est avec vous.

« Dans cette nuit, la dernière peut-être qui me reste à penser, j’ai repassé mon enfance et ma jeunesse que vous avez entourées de tant d’amour. Tout ce temps a été bien bon, la destinée m’a fait la vie bien douce ; je serais ingrat si je pensais autrement. Mais tout cela m’émeut et je ne veux pas être ému.

« J’ai confiance dans nos équipages, nous ne devons pas, nous ne pouvons pas être vaincus. En ce qui me concerne, je ne verrai jamais amener notre pavillon.

« Je suis à vos genoux, mon père et ma mère bien-aimés. C’est là que, du fond de mon coeur, je prie Dieu de nous donner la force de venger ici notre chère patrie.

« J’aurais pu mieux vivre, mais en descendant au fond de mon coeur, en fouillant tous les replis, je sens que j’ai toujours été honnête ; je ne trouve pas d’actions mauvaises ni de pensées méchantes, et je puis porter la tête haute à cette heure qui va sonner.

« Adieu, je vous aime de toutes les forces de mon âme ; que Dieu nous donne la victoire !

                            « J. SANDEAU. »

N’avais-je point raison de dire que cette lettre mérite de prendre rang dans les livres destinés à faire aimer la patrie ?...

Tel père, tel fils. Il me semble, en la lisant, cette lettre émouvante, que je relis quelque noble page comme le martial dénouement de Jean de Thommeray. C’est là du Sandeau vécu, comme le père faisait du Sandeau écrit.

Ajoutons un dernier titre à tous ceux que mérita Sandeau. Ce travailleur n’était pas riche ; on l’avait nommé conservateur à la Bibliothèque Mazarine, place que vient occuper aujourd’hui un autre romancier remarquable, Ferdinand Fabre, et Sandeau, ce laborieux au travail difficile, qui mettait de si longs mois à terminer pour Hetzel la Roche aux Mouettes, put venir en aide, plus d’une fois, à des pauvres. Le libraire Werdet a raconté comment, étant tombé dans la misère, Jules Sandeau lui donna, en toute propriété, un de ses romans pour subvenir aux besoins du malheureux éditeur. De toutes les fièvres de son passé, Sandeau n’avait gardé que ses enthousiasmes et ses habitudes de dévouement.

Peut-être a-t-il été tenté quelquefois d’écrire après le Docteur Herbeau ou la Maison de Penarvan, ces chefs-d’oeuvre rêvés, quelque livre puisé à la source amère des pleurs d’autrefois, mais il les avait oubliés à demi, ces pleurs ; il n’avait pas dit, comme dans Marianna, en regardant le passé : « le bonheur était là ! » Non ; il avait poussé doucement son fauteuil au coin du feu entre un livre aimé, une table modeste, une femme et un enfant, et il avait dit, - heureux jusqu’au jour où la mort lui prenait son fils adoré : « le bonheur est là ! »

Le bonheur ! Il le cherchait d’ailleurs dans le songe, lui, ce chasseur de réalités de jadis. « Si vous voulez que cette histoire vous émeuve, dit-il quelque part, ne la faites pas : rêvez-la ! » Mais il eut mieux que le songe ; il aima et fut aimé. Ses confrères eux-mêmes l’honoraient, saluaient en lui son charme. D’ailleurs, bien différents des rivaux d’aujourd’hui, toujours l’ongle ouvert, ces gens d’autrefois s’attachaient les uns aux autres.

Il y a dans la vie de Sandeau un trait qui a pu inspirer à Balzac l’admirable, l’effrayant épisode de la servante vendant son corps, afin d’apporter de l’argent à Lucien de Rubempré, sans le sou pour faire enterrer sa maîtresse.

Balzac vivait avec Sandeau dans une intimité complète, en pleine misère vaillante, dans une épique bohème qui n’a rien de commun avec la bohème railleuse de Murger, cette bohème qui, n’ayant point dîné, trouvait des mots en guise de cure-dents. Balzac, pauvre, avait des appétits de luxe. Il lui fallait, du fond de sa pauvreté, se frotter à ce faubourg Saint-Germain qu’il entrevit, devina, à travers une porte entre-bâillée ou du fond de l’embrasure d’une croisée.

« Mon cher, dit-il à Sandeau, il me faut vingt francs ! Un louis ! Trouve-moi ça ! Je vais en soirée. Je n’y puis aller le gousset vide. Fouille tes poches, bats les buissons, égorge un éditeur, fais ce que tu voudras mais il me faut un louis ! »

C’était en hiver. Ce pauvre Sandeau avait un manteau chaud, sans luxe, mais auquel il tenait beaucoup, un de ces manteaux dont on s’enveloppait, à la cavalière, comme un Andalou dans sa cape. Il descendit avec son manteau et rapporta le louis à Balzac.

A quelque temps de là, Balzac allant prendre le thé encore chez quelque duchesse de Langeais, dit, le plus naturellement du monde, à son ami :

« Prête-moi ton manteau !

- Non, dit Sandeau, je ne te prêterai pas mon manteau !...

- Tu y tiens donc trop ?... Tu as peur que je te le gâte ?... Tu en es à l’égoïsme des vêtements ?... Un manteau, c’est donc si précieux, un manteau ?... Eh bien ! soit, j’irai sans manteau... Je boutonnerai mon habit, je grelotterai, je m’enrhumerai, je... »

Et, s’arrêtant tout à coup dans ses brusqueries devant le bon sourire doux de Sandeau qui le regardait, attendri, sans un reproche, il devint tout rouge, serra brusquement dans ses robustes bras de Tourangeau le petit Limousin timide et, les larmes aux yeux, comprenant tout :

« Ah ! mon pauvre enfant, dit-il, je suis une brute et je te demande pardon ! »

Il y aurait beaucoup de traits pareils à trouver dans l’existence honorée, vaillante et modeste de l’homme exquis dont le coeur vient de cesser de battre. Sa vie fut un livre excellent et qu’on voudrait relire.

Après avoir rêvé d’être grand, il fut parfait, ce qui vaut bien quelque chose ; il se contenta de vouloir être bon, et il le fut. C’est, du moins, un songe que chacun de nous peut réaliser.


(1) M. H. de la Pommeraye a publié sur Jules Sandeau critique théâtral un feuilleton des plus intéressants dans le journal Paris du 30 avril 1883. Dans un feuilleton du 28 mars, M. de la Pommeraye ajoute, comme post-scriptum à son excellente étude sur « Sandeau critique ; » et je trouve là un trait qui fait connaître mieux encore l’auteur de Marianna. M. de la Pommeraye nous apprend que, le 7 mai 1850, MM. Louis Couailhac et Bourdain faisaient représenter sur le théâtre des Folies-Dramatiques une comédie-vaudeville en trois actes intitulée Maurice et Madeleine, pièce tirée de la Madeleine de Sandeau. La pièce eut quatre-vingts représentations, ce qui était un succès pour l’époque. Or savez-vous ce que demanda, comme rémunération, Jules Sandeau ? Lisez la lettre authentique - dont l’original est entre mes mains - adressée  à M. Couailhac, l’un des auteurs et, parmi nos confrères, l’un de nos anciens qui ont le plus de jeunesse d’esprit, le plus de chaleur de coeur et le plus de courtoisie dans les relations : « Je suis charmé, monsieur, que le sujet de ce petit roman vous ait semblé digne de la scène ; je fais des voeux sincères pour le succès de votre pièce et vous pire de vouloir bien m’envoyer une petite loge pour la première représentation. « Recevez, etc. JULES SANDEAU. » « N’est-ce pas charmant, ce romancier qui a fourni le sujet d’une comédie et qui, en retour, sollicite... une petite loge pour la première représentation ? Nous sommes loin de ces moeurs, ajoute avec raison M. de la Pommeraye. »


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