Les nuits d'été, six mélodies opus 7 pour mezzo-soprano et orchestre par Hector Berlioz sur des poèmes de Théophile Gautier (1840-1856).
Saisie du texte : O. Bogros pour la collection électronique de la Bibliothèque Municipale de Lisieux (02.05.1996)
Texte relu par : A. Guézou
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Les nuits d'été
six mélodies opus 7 pour mezzo-soprano et orchestre
par
Théophile Gautier et Hector Berlioz

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VILLANELLE

Quand viendra la saison nouvelle,
Quand auront disparu les froids,
Tous les deux nous irons, ma belle,
Pour cueillir le muguet aux bois ;

Sous nos pieds égrenant les perles,
Que l'on voit au matin trembler,
Nous irons écouter les merles
Nous irons écouter les merles siffler.

Le printemps est, venu ma belle,
C'est le mois des amants béni,
Et l'oiseau, satinant son aile,
Dit des vers au rebord du nid.

Oh! viens, donc, sur ce banc de mousse
Pour parler de nos beaux amours,
Et dis-moi de ta voix si douce,
Et dis-moi de ta voix si douce : "Toujours".

loin, bien loin, égarant nos courses,
Faisant fuir le lapin caché,
Et le daim au miroir des sources
Admirant son grand bois penché ;
Puis chez nous, tout heureux, tout aises,
En panier enlaçant nos doigts,
Revenons rapportant des fraises
Revenons rapportant des fraises des bois.
LE SPECTRE DE LA ROSE

Soulève la paupière close
Qu'effleure un songe virginal,
Je suis le spectre d'une rose
Que tu portais hier au bal.

Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d'argent de l'arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.

O toi, qui de ma mort fut cause,
Sans que tu puisses le chasser,
Toutes lesnuits mon spectre rose
A ton chevet viendra danser.

Mais ne crains rien , je ne réclame
Ni messe ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme,
Et j'arrive du Paradis.

Mon destin fut digne d'envie,
Et pour avoir un sort si beau
Plus d'un aurait donné sa vie,
Car sur ton sein j'ai mon tombeau,

Et sur l'albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Ecrivit : Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser.
SUR LES LAGUNES (Lamento)

Ma belle amie est morte :
Je pleurerai toujours ;
Sous la tombe elle emporte
Mon âme et mes amours.

Dans le ciel, sans m'attendre,
Elle s'en retourna ;
L'ange qui l'emmena
Ne voulut pas me prendre.

Que mon sort est amer !
Ah ! sans amour, s'en aller sur la mer !

La blanche créature
Est couchée au cercueil ;
Comme dans la nature
Tout me paraît en deuil !

La colombe oubliée
Pleure et songe à l'absent,
Mon âme pleure et sent
Qu'elle est dépareillée.

Que mon sort est amer !
Ah ! sans amour, s'en aller sur la mer !

Sur moi la nuit immense
S'étend comme un linceul ;
Je chante ma romance
Que le ciel entend seul.
 
ABSENCE

Reviens, reviens ma bien-aimée !
Comme une fleur loin du soleil ;
La fleur de ma vie est fermée,
Loin de ton sourire vermeil.

Entre nos coeurs quelle distance ;
Tant d'espace entre nos baisers.
O sort amer ! O dure absence !
O grands désirs inapaisées !

Reviens, reviens ma bien-aimée !... etc.

D'ici là-bas, que de campagnes,
Que de villes et de hameaux,
Que de vallons et de montagnes,
A lasser le pied des chevaux !

Reviens, reviens ma bien-aimée !... etc.
AU CIMETIERE (Clair de Lune)

Connaissez-vous la blanche tombe,
Où flotte avec un son plaintif
L'ombre d'un if ?
Sur l'if, une pâle colombe,
Triste et seule, au soleil couchant,
Chante son chant.

Un air maladivement tendre,
A la fois charmant et fatal,
Qui vous fait mal,
Et qu'on voudrait toujours entendre,

Un air, comme en soupire aux cieux
L'ange amoureux.
On dirait que l'âme éveillée
Pleure sous terre à l'unisson de la chanson,

Et du malheur d'être oubliée,
Se plaint dans un roucoulement
Bien doucement.
Sur les ailes de la musique
On sent lentement revenir
Un souvenir ;
Une ombre, une forme angélique
Passe dans un rayon tremblant,
En voile blanc.

Les belles de nuit, demi-closes,
Jettent leur parfum faible et doux
Autour de vous,
Et le fantôme aux molles poses
Murmure en vous tendant les bras :
"Tu reviendras !"

Oh ! jamais plus, près de la tombe,
Je n'irai, quand descend le soir
Au manteau noir,
Ecouter la pâle colombe
Chanter, sur la pointe de l'if,
Son chant plaintif.
L'ILE INCONNUE

Dites, la jeune belle !
Où voulez-vous aller ?
La voile enfle son aile,
La brise va souffler !

L'aviron est d'ivoire,
Le pavillon de moire,
Le gouvernail d'or fin ;
J'ai pour lest une orange,
Pour voile une aile d'ange ;
Pour mousse un séraphin.

Dites, la jeune belle, etc...

Est-ce dans la Baltique ?
Dans la mer Pacifique,
Dans l'île de Java ?
Ou bien est-ce en norvège
Cueillir la fleur de neige,
Ou la fleur d'Angoska ?

Dites, dites, la jeune belle,
Dites, où voulez-vous aller ?

Menez-moi, dit la belle,
A la rive fidèle
Où l'on aime toujours.
Cette rive, ma chère,
On la connait guerre
Au pays de l'amour.

Où voulez-vous aller ?
La brise va souffler.

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