Mise en bouche
CAFÉS
Effets
de la multiplicité et de la fréquentation des
Cafés sur l’Agriculture.
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CE
n’est pas seulement dans les villes et dans les bourgs que
les cafés se sont multipliés outre mesure, on en
rencontrera bientôt dans tous les villages, et il
n’y a pas de petite fête de paroisse où
l’on ne voit figurer une tente avec une enseigne sur laquelle
est écrit, en gros caractères, le mot Café.
Pour l’homme de la campagne, astreint à un travail
rude et continuel, réduit à une nourriture
souvent plus que frugale, il n’y a pas de plus vive et de
plus dangereuse tentation. Aussi il est rare qu’il
n’y succombe pas, tantôt à
l’occasion de quelque affaire qui l’oblige
d’aller à la ville, le plus souvent sous le
prétexte d’aller vendre au marché une
ou deux mesures de grain, un couple de poulets, parfois une douzaine
d’oeufs seulement.
Autrefois, le fermier, après avoir fait sa halle, allait
prendre son repas au cabaret. Quelques pots de cidre suffisaient pour
satisfaire le moins tempérant. La dépense
n’allait pas au-delà d’une
dixaine de sous. Aujourd’hui, les cabarets ne sont
plus fréquentés que par les mendians qui se
hâtent, à la fin de chaque semaine, d’y
aller déposer les liards extorqués à
la bonne foi publique. Le cultivateur aisé, au contraire,
après avoir vendu ses denrées, dîne
à son auberge, pour entrer aussitôt au
café, où se passe le reste de la
journée. A-t-on bien vendu, rien n’est
épargné ; a-t-on mal vendu, l’habitude
est prise, la dépense est à-peu-près
la même. Le sac à grain, contenant actuellement
des gros sous, est sous la petite table, entre les jambes ; il
n’est pas difficile d’y puiser. A plusieurs tasses
de café, qu’on appelle picotins,
succède le gloria
fréquemment répété. Vient
ensuite la liqueur, qui rend nécessaire le verre
d’eau sucrée, et une suspension, ordinairement
consacrée au billard et au domino. Ce n’est pas
fini comme cela, le vin chaud, l’eau-de-vie
brûlée arrivent à leur tour ; et si
c’est en été, la bière
termine la séance. Enfin, on sort de-là, le plus
souvent, dans un état qui est loin de fournir un sujet
d’édification au public.
La plupart ne dépensent pas moins de 3 fr. par
marché, sans compter la nourriture du cheval ; cela se
répète trois ou quatre fois par semaine, ce qui
s’élève à plus de 500 fr. au
bout de l’année ; ainsi, le quart du revenu
d’une ferme de 2,000 fr. passe dans les cafés.
Pour apprécier tous les funestes résultats de
pareilles habitudes, il ne faut pas seulement tenir compte de la perte
de temps et d’argent, qui semblent affecter plus
immédiatement les intérêts de
l’agriculture, il faut y ajouter la perte de la
santé et des moeurs, le relâchement des
liens domestiques, l’oubli de toute dignité
personnelle, et définitivement la ruine des fortunes et des
familles.
Nous voudrions bien pouvoir ne pas nous borner à signaler le
mal. En mettant sous les yeux du public le tableau des souffrances de
l’agriculture, notre intention a été
principalement d’attirer sur ce sujet l’attention
de nos lecteurs, dans l’espoir qu’ils voudront bien
nous aider à y chercher un remède. Nous ne
manquerons pas de faire mention de ceux qu’ils nous auront
indiqués.
Source
: Recueil publié par la société
d’agriculture de l’arrondissement de Falaise,
n° 2. - 1835. Bm Lx : Norm. 1441
Une
proposition de Madame Christiane Boulan, saisie par Madame Sylvie
Pestel, relue par Madame Anne Guézou (13.05.2005)
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