KAHN, Maurice : Biribi : Lettre ouverte à M. Henri Chéron, Sous-secrétaire d'État au Ministère de la guerre... (1907).
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Texte établi sur un exemplaire (BmLx : nc) du n°352, septième année, du 28 septembre 1907 de la revue Pages libres.
 

Biribi

Lettre ouverte à M. Henri Chéron
SOUS-SECRÉTAIRE D'ÉTAT AU MINISTÈRE DE LA GUERRE
qui, j'espère, voudra bien la faire lire à M. le général Picquart,
ministre de la guerre.
par
Maurice Kahn

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MONSIEUR,

La première fois que j'eus le plaisir de vous rencontrer, ce n'était pas chez un pâtissier en face du Conservatoire, - c'était dans une cantine militaire, à Lisieux, au 119e de ligne. Étudiant en philosophie, je faisais mon année. Vous étiez maire de Lisieux et faisiez vos treize jours. J'étais allé acheter « deux sous de fil » ou « un sou de permissions » ; et je me dépêchais de ramasser ma monnaie pour fuir au plus vite l'empuantissement du lieu, quand, dans le brouhaha des verres entrechoqués et des cris des serveurs, quelques paroles étranges vinrent frapper mon oreille. Le nom de M. Léon Bourgeois était prononcé, et, parmi d'autres mots, celui de « solidarité » était répété avec un accent sérieux. - C'était vous, monsieur, qui discouriez, entouré de quelques visages incrédules. Vous remarquâtes mon étonnement :

- Hé bien ! - me dîtes-vous, - jeune soldat ! mes discours vous paraissent subversifs ?

- Nullement, - répondis-je, - mais je ne suis pas habitué à entendre ici pareil langage.

C'était en mars 1898 - en pleine Affaire, très peu de temps après le procès Zola... Cette date suffit sans doute à évoquer l'atmosphère qu'on respirait alors dans une caserne. Pour la première fois, depuis mon arrivée au régiment, je me sentais en sympathie intellectuelle avec un individu revêtu comme moi de l'uniforme... - Ce jour-là, monsieur, - vous en souvenez-vous ? - nous causâmes longuement...

L'année suivante (procès de Rennes), je revins à Lisieux, faire 28 jours. Puis une autre fois, et une troisième, toujours à Lisieux. A chacun de ces séjours, vous m'accueillîtes de très aimable façon. Je parcourus, en votre compagnie, les salles de l'hôpital tout moderne élevé par vos soins sur la route de Paris ; je visitai, conduit par vous, la « Soupe populaire », et les diverses oeuvres d'assistance dues à votre initiative ; j'admirai la variété, la fécondité de votre action sociale, et j'enviai les citoyens de Lisieux d'avoir, à la tête de leur municipalité, un maire aussi soucieux d'humanité, de justice, de « solidarité », aussi attaché surtout à faire passer ses idées dans le domaine des faits, aussi patient, aussi tenace, aussi habile aux réalisations.

Depuis ces jours, encore tout proches de nous, une haute fortune vous a, monsieur, conduit au pouvoir. Et le caporal Chéron qui faisait, à Lisieux, la joie des troupiers, - parce qu'il était maire (quelle farce, un maire à l'exercice !) et parce qu'il était gros (les gros sont toujours matière à plaisanteries : on ne trouve pas de capotes à leurs tailles et il faut leur fabriquer des ceinturons spéciaux en mettant deux ceinturons ordinaires bout à bout) - le caporal Chéron devenu presque ministre inspecte les casernements, goûte la soupe, surveille l'hygiène des soldats, et fait pénétrer partout - du moins je le suppose - un souffle d'humanité, de « solidarité »...

Mais permettez-moi d'exprimer un regret.

Les journaux qui m'ont tenu au courant de vos déplacements ne m'ont point appris que vous eussiez poussé jusqu'à Biribi ; cela, monsieur, est à peine croyable. L'avez-vous fait en secret ? Ou avez-vous réservé cette visite et projetez-vous de la faire bientôt ? Quelles que soient à cet égard vos intentions et dispositions, j'ai pensé que vous recevriez avec intérêt un témoignage recueilli par moi dans des conditions exceptionnelles de véracité, - et que, peut-être, M. le général Picquart ne le lirait pas sans émotion...

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Au mois de mars dernier, répondant, à la Chambre, à un projet de résolution déposé par M. Ceccaldi, M. le ministre de la guerre prononça les paroles suivantes :

... J'arrive, messieurs, à l'examen des faits qui ont été développés á cette tribune. Ils ont fait l'objet d'une longue campagne entreprise dans la presse et même au théâtre, tendant á prouver que nos corps d'épreuve d'Afrique sont le siège de cruautés et d'atrocités de toute nature. Tout d'abord, je dois faire quelques réserves sur l'origine même de ces dénonciations. Elles émanent de disciplinaires et de détenus dont le témoignage ne saurait être accepté sans avoir été rigoureusement contrôlé. La simple déclaration d'un homme, qui n'est pas précisément un modèle de bon soldat, ne peut vraiment pas être acceptée sans contrôle. J'ai prescrit que des vérifications seraient faites, j'ai prescrit de contrôler certains dires ou, du moins, les dires qui étaient parvenus à mes oreilles ; car ici on en a produit d'autres. Je vous montrerai, par quelques exemples, que c'était nécessaire et que la bonne foi de certaines des personnes auxquelles se sont adressé ces disciplinaires a pu être surprise.

... Messieurs, j'en arrive aux allégations qui ont été produites dans le Journal par M. Jacques Dhur et je vais vous faire toucher du doigt combien, dans certaines occasions, la bonne foi évidente et absolue de ce journaliste a été surprise, sans compter peut-être les petits agréments de style qu'il a ajoutés à son récit...

... En ce qui concerne la mise aux fers, vous savez que ; par un décret rendu le 2 novembre 1902 à la suite d'une enquête minutieuse sur le régime des établissements pénitentiaires et des compagnies de discipline, les fers ont été supprimés dans les compagnies de discipline... et remplacés par ce qu'on appelle « appareil de sûreté ». Celui-ci est destiné simplement à maintenir les gens qui sont dans un état de fureur qui les rend dangereux soit pour leurs camarades, soit pour eux-mêmes (1).

M. Ceccaldi (et avec lui MM. Allemane, Willm, Coutant, Jean-Louis Breton, etc.), demandait qu'une commission d'enquête fût nommée par la Chambre pour rassurer l'opinion publique en faisant pleine lumière sur les atrocités commises dans les bagnes militaires d'Afrique. M. le général Picquart s'opposa à la nomination de cette commission estimant : 1° qu'une enquête précédemment faite par le général Servière était parfaitement suffisante (le général Servière avait déclaré que tout était pour le mieux et publié un ordre du jour couvrant tous ses subordonnés) ; 2° que la proposition de M. Ceccaldi était rendue inutile par le projet de loi tendant à la suppression des conseils de guerre comme aussi par un second projet ministériel, déposé la veille, et proposant le transfert de tous les disciplinaires en France, dans les îles du littoral.

La Chambre, par 428 voix contre 132, repoussa la proposition de M. Ceccaldi.

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Quelques jours plus tard, je reçus d'un de nos abonnés parisiens une lettre me demandant de publier dans Pages Libres un article sur les compagnies de discipline : « Il serait bon - me disait ce correspondant - qu'on sût à quoi s'en tenir, et si le général Picquart a dit la vérité. » Je répondis que nous n'étions pas en mesure de réunir les éléments d'un article dont nous puissions garantir l'exactitude et l'impartialité ; qu'un article de polémique répétant les récits faits dans la presse, les témoignages lus à la Chambre, ou les scènes représentées au théâtre n'était point dans le ton ni dans le cadre habituels de nos études ; qu'en conséquence nous préférions nous abstenir. Et j'ajoutais, un peu sèchement :

« D'ailleurs nous ne mettons pas en doute, jusqu'à preuve du contraire, la parole de celui qui fut le lieutenant-colonel Picquart, et qui, pour nous, l'est resté. »

La difficulté d'avoir, sur les compagnies de discipline, des renseignements authentiques est si grande, et les articles sensationnels, d'autre part (apologies ou critiques), ont été si nombreux et si évidemment passionnés, que, désespérant de pouvoir jamais publier une étude véridique et impartiale, je ne songeai plus au voeu exprimé par notre abonné.

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Le hasard, un beau jour, m'apporta ce que j'avais renoncé à chercher. Une dame de mes amies, qui venait de recevoir une lettre d'un sien cousin, me la fit lire, sans intention, à titre de curiosité, au cours de la conversation, et sans que je lui eusse jamais parlé de la lettre de notre abonné, du désir exprimé par lui, de la réponse que j'y avais faite, ni du regret qui m'en restait.

Quant à ce cousin, - un ancien camarade de collège que j'ai rencontré une fois depuis quinze ans, - il était en Algérie, pour sa santé. C'est un artiste indifférent à la politique, et qui écrivait à sa cousine, au courant de la plume, sans penser qu'un tiers lirait sa lettre, et sans soupçonner qu'elle pourrait être publiée. Il racontait une promenade, qu'il avait faite dans la matinée, quelques jours plus tôt (2), et cela se trouvait être une promenade en vue d'un camp de disciplinaires, comme cela aurait pu être la visite d'un arsenal ou l'exploration d'une ville peu connue. Il racontait simplement ce qu'il avait vu. Il disait :

Ce matin j'ai exigé de mon guide Ali qu'il me montre Biribi au naturel, sur la route de caravanes qui va de *** à ***.

Partis à quatre heures du matin. Ce que j'ai vu, c'est effrayant et ça vaut la peine...

Au départ, la chaîne des *** est soudain rouge dans la nuit encore bleue et étoilée ; en quelques secondes, les étoiles s'éteignent, la longue chaîne des monts bas et allongés s'éclaire de plus en plus. Des ombres Profondes et bleues se détachent. Nous trottons à mulets sur une terre rose, de plus en plus rose ; ça a duré une heure...

A ce moment j'ai croisé sur la route un être ignoble ; figure-toi une espèce de bonhomme rouge, congestionné et sanglé, à grosses moustaches noires. Tout de blanc vêtu, boutons et galons d'or, un oeil plein d'absinthe et un nerf de boeuf. C'était si bien ça sans erreur qu'Ali m'a dit : « Voilà le plus méchant, sûr ! Faire 'attention à ça, monsieur, ça a toujours un gros revoleur (sic) dans la poche. »

« Ça » se dirigeait en hâte vers une esquisse de gargote située à l'entrée du village de ***.

Tout à coup, à une descente, je les ai vus tous ; ils travaillaient. Il ne s'agissait plus de la flemme des casernes comme dans les grandes villes et des zincs où des disciplinaires privilégiés vont caresser de pommadeuses donzelles. Ils travaillaient dur, en chemise, en sueur déjà sous le soleil qui allait les brûler jusqu'à huit heures du soir. Mais ce qu'Ali et moi nous voyions tous les deux, net, clair, se détachant sur tout cela, c'était exactement la chose : la chose du Théâtre Antoine, que jamais je n'avais vue si réelle et si terrifiante.

J'aurais voulu que M. le général Picquart soit là... ah oui !

Un homme, le ventre à terre, les pieds attachés aux bras ramenés dans le dos, essayant de tourner, vers le côté opposé au soleil, sa tête enfouie dans la terre. Il ouvrait un peu son oeil plein de terre, le fermait, nous regardait...

Sous le burnous d'Ali était caché un énorme appareil à photographie encombrant. Une espèce de petit homme à barbe blonde et bien vêtu de blanc et d'or, s'avançait vers moi avec politesse ; en passant prés de l'homme sur le ventre, il a négligemment tapé dessus deux énormes coups de son nerf de boeuf : l'autre a eu une espèce de convulsion, puis s'est immobilisé.

Le petit homme poli enlevait sa casquette : « Il nous est défendu, monsieur, de laisser pénétrer ici les étrangers sans autorisation spéciale... » Puis il a insulté en arabe Ali qui a rougi sans répondre un mot.

Impossible de photographier l'homme, impossible !

- Tu crois Pas que les Français sont très méchants !

- Ah ! mais oui ! mon cher petit, mais bêtes encore bien davantage !

- Jamais les Arabes y font ça ; si nous avons un voleur ou un 'sassin, nous coupons cou - voilà !

- Certainement et c'est bien dit !

Trois sales brutes de tirailleurs arabes, vrai gibier de potence tunisienne, gardaient tout le troupeau, baïonnette au canon ; ceux qui travaillaient n'ont pas jeté un regard sur nous ; leur face était dure, figée, haineuse, violente, presque statufiée dans une expression atroce et immobile de souffrance et de rage.

Le soleil était levé depuis une heure ; tout cela était déjà chaud ! sur les terrasses, des femmes arabes, rouges, se montraient, passaient, indifférentes ; des gosses de toutes couleurs jouaient dans le sable, les rues du village commençaient à grouiller. Le ciel était d'un vert tendre et fin, des vapeurs couleur de feu y vibraient. Ali était gai et heureux de vivre, il faisait trotter son mulet. Moi, je ne sais pas où j'en étais, je venais de voir souffrir si horriblement !...

Voilà, monsieur, ce que disait ce cousin à sa cousine. Le témoignage me parut offrir toutes les conditions de sûreté que le plus scrupuleux sceptique pouvait exiger. Je fis demander à mon ancien camarade la permission de publier un passage de sa lettre, lui offrant en outre quelques pages de notre revue s'il voulait faire pour nous une enquête. Il nous donna l'autorisation que nous souhaitions, mais ne put accepter de faire une enquête et expliqua ainsi à mon amie les motifs de son refus :

Depuis les histoires de Jacques Dhur et la promesse de Picquart, il y a par-ci par-là des individus qui ne dorment plus très bien...

... Dès que j'ai reçu ta lettre, je me suis fait amener, par Ali, son cousin qui est daïra au bureau arabe.

C'est un cavalier superbe et très bien renseigné ; il m'a bien fait comprendre l'essentiel de la question.

1° Il est à peu près impossible de prendre des photos depuis l'histoire de Jacques Dhur. Les officiers et sous-officiers sont exaspérés et envoient promener tout ce qui s'approche.

2° On inflige les punitions en général sous des petites tentes (tombeaux) tendues au-dessus d'un fossé creusé dans la terre. Ce que j'ai vu, en plein soleil, avec Ali sur la route de****, était, me dit-il, exceptionnel et probablement contraire aux règlements ; cela provenait de ce que les tentes n'étaient pas encore arrivées... « probablement ».

3° Les sous-officiers tapent tout le temps à coup de nerfs de boeufs, mais devant un étranger... jamais.

4° Les détails donnés par Dhur concernant le chargement (sac, etc.,) du disciplinaire sont entièrement faux : du reste j'ai pu m'en assurer moi-même. Il est regrettable que Dhur ait raconté des choses absolument fausses : on se met ainsi dans un mauvais cas.

Conclusion : je ne peux guère donner que des impressions... par exemple la vision de certains bars ignobles, le soir, où l'on voit des disciplinaires (comment et pourquoi ?) avaler tranquillement du Pernod ou du Berger ; la vision de trois disciplinaires tout équipés s'en allant seuls et à pied, sans sous-officiers, à quatre kilomètres de *** (3) - c'est inouï, mais c'est comme ça - aussi tranquilles que des Anglais en excursion !... Nous irons voir aussi ce qu'on nomme « la discipline arabe » : c'est tout simplement la discipline des tirailleurs arabes. Ceci est intéressant parce qu'on leur fiche des pierres à la tête...

*
**

Je tiens le plus grand compte du correctif apporté par cette seconde lettre. Je veux bien croire que le spectacle décrit dans la première était « exceptionnel », et provisoire, et que le malheureux n'était au soleil qu'en attendant les tentes. - Mais une fois les tentes arrivées ?... Est-ce le soleil seul qui n'est pas réglementaire ? Et pour moins terrible qu'il soit à l'ombre, le supplice n'est-il pas excessif ?

A supposer qu'il soit admissible, ne pouvait-on, en attendant les tentes, surseoir à l'exécution de la peine ? Qui donc, en attendant les tentes, a ordonné un supplice contraire aux règlements ? Quel chef responsable ? Ou quel sous-ordre ?

Et le nerf de boeuf ? Est-il «contraire aux règlements » ? Ou réglementaire ? Et qu'en pensez-vous ? Et qu'en pense M. le général Picquart ?

Car nous sommes là en présence d'un fait. Vous avez bien lu ?... Permettez-moi de répéter : « Une espèce de petit homme à barbe blonde et bien vêtu de blanc et d'or, s'avançait vers moi avec politesse ; EN PASSANT PRÈS DE L'HOMME SUR LE VENTRE, IL A NÉGLIGEMMENT TAPÉ DESSUS DEUX ÉNORMES COUPS DE SON NERF DE BOEUF ; L'AUTRE A EU UNE ESPÈCE DE CONVULSION, puis s'est immobilisé. »

N'êtes-vous pas curieux de connaître ce petit homme poli ?... Est-il, lui aussi, victime des exagérations de la presse ou des calomnies de détenus ?

Non, monsieur ; celui qui l'a VU n'est pas un journaliste, ni un disciplinaire ; c'est un passant, un indifférent, un homme. Il a vu. - VU.

*
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Je ne doute pas, monsieur, que vous ne désiriez sur ce témoignage des précisions de lieux et de dates. Je suis entièrement à votre disposition pour vous les procurer et je pense que mon témoin ne refusera pas de vous les fournir.

Je ne doute pas non plus que vous ne soyez prêt à appuyer auprès de M. le général Picquart la demande que nous faisons ici instamment d'une enquête nouvelle sur les compagnies de discipline, enquête confiée cette fois non point à l'autorité militaire, mais à un simple pékin, - comme vous, monsieur. Peut-être, en effet, verriez-vous quelques curieux spectacles si la fantaisie vous prenait d'aller vous promener incognito dans les parages des camps de disciplinaires... Les chaleurs sont passées, le froid hiver menace... Un petit voyage n'est point pour vous effrayer. - Nous tâcherons de retrouver Ali : il guiderait votre excursion et vous montrerait le petit homme poli...

Décidez-vous à ce voyage, monsieur ; allez partout ; regardez consciencieusement ; dites loyalement ce que vous aurez vu. Vous ne le regretterez pas. Vous êtes jeune, au début d'une carrière qui s'annonce brillante. Faites provision de popularité. Songez qu'à votre retour d'Algérie, votre nom sera répété avec éloge par un demi-million de troupiers - et quelques civils. Réfléchissez qu'il vous sera agréable, lorsque vous pénétrerez dans une caserne, de sentir un murmure d'émotion et de sympathie vous accueillir. Rappelez-vous Lisieux et la « Soupe populaire », et la satisfaction que vous éprouviez à voir deux pauvres vieux manger, pour leurs deux sous, sur une table bien propre, dans une salle bien claire, une bonne soupe grasse bien chaude, parfumée de légumes et garnie d'une viande délectable.

MAURICE KAHN,

23 septembre 1907.


Notes :
(1) Journal officiel, Chambre des Députés, séance du 12 mars 1907.
(2) Postérieurement, par conséquent, au discours prononcé par M. le général Picquart dans la séance du 22 mars 1907.
(3) Ici le nom d'une grande ville.


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