SELECTIONS MENSUELLES : janvier 2009 - ...... (archives : juin 1996 - décembre 2008).
CONNEXIONS INTERNET ET INTERTEXTUELLES (11.VII.00) : Vous pouvez voir et examiner tous les contextes d'un mot, d'un nom de lieu ou de personne, dans l'ensemble des textes en interrogeant les bases LexoTor (textes lexoviens indexés à Toronto). Pour vous donner une idée de l'intérêt de LexoTor, vous pouvez regarder aussi deux modèles de pistes indicatives d'explorations individuelles : le mot lettres dans les Archives des Sélections mensuelles; accusateur public et maîtresse dans Le Réquisitionnaire de Balzac.

(06.09) Jacques Rochette de La Morlière (1719-1785) : Les Lauriers ecclésiastiques ou campagnes de l'abbé T*** (1748) : " JE vais vous satisfaire, mon cher marquis ; vous voulez un récit exact de mes espiègleries depuis mon entrée dans le monde, et du dénouement sérieux qui va bientôt les terminer : au milieu des succès d’une campagne brillante et d’une ample moisson de lauriers, vous imaginez qu’il en est d’autres qu’on peut cueillir avec moins de peine, et dont les fruits, moins glorieux peut-être, ont des douceurs plus réelles et plus satisfaisantes ; vous croyez enfin que l’amour peut tenir lieu de tout dans la vie : ah ! qui mieux que moi doit soutenir ce système ? C’est lui qui a toujours fait mon bonheur, c’est par lui que je touche à l’instant le plus heureux de mes jours : et par quel chemin m’y a-t-il conduit ? Que de fleurs sur mon passage ! Non, jamais je n’ai connu ses peines, il ne m’a prouvé sa puissance que par les plaisirs continuels et indicibles dont il m’a enivré. Que de reconnoissance ne dois-je pas pour tant de bienfaits, et comment m’acquitter mieux envers lui, qu’en publiant les faveurs dont il m’a comblé, les charmes qu’il a répandus sur les premières années de ma vie ?..."

(06.09) Ernest Legouvé (1807-1903) : L'armure des comtes de Rottrick (1839).

(05.09) A. Dupin (1804-1876) : Albane (1839). : " Il écrivit à Enguerrand : « Vivre loin d’elle, c’est un effort au-dessus de mon courage. Depuis huit jours je l’essaie inutilement. Chaque matin je mesure avec épouvante la distance qui doit me séparer du soir ; et quand le soir vient, je m’étonne qu’il ne puisse rien pour moi. Il y a dans mon sein je ne sais quoi de funeste, un mal qui le ronge. Mes vêtements s’embrasent sur mon corps ; quelquefois ils deviennent pesants comme ces chapes doublées de plomb qui faisaient courber les damnés de Dante. Un matin, je souffrais tant que mon regard a imploré Dieu. Tout à coup j’ai frémi de me voir exaucer. Que ferais-je d’une vie où elle ne serait pas ? Tu souris, toi qui es fort. Quand il me vient dans la pensée que je pourrais guérir, j’éprouve l’horreur que tu sentirais à la vue de la terre nue, froide, immobile et sans reflets. Je ne cesserai pas d’aimer ; mon dernier adieu à la vie sera un cri d’amour ; mon âme emportera son ardeur au-delà du monde périssable. Sais-tu Enguerrand, ce qu’il y a de magie dans la vue d’une femme aimée ? ..."

(05.09) Ernest Fouinet (1799-1845) : La Famine (1839)

(04.09) Louise Colet (1808-1876) : Yolande (1839) : " Il est des femmes qui pensent tard, la pensée n’est éveillée en elles que par le sentiment ; elles ne manquent pas d’esprit, mais leur esprit vient du coeur ; avant d’avoir aimé elles n’ont que des idées vagues, leurs désirs sont sans volonté ; l’amour, la passion peut seule leur faire comprendre qu’elles ont un libre arbitre. Telle était Yolande de Rocmartine, une des plus nobles jeunes filles de la Provence, cette vieille terre de la grande aristocratie. La mère d’Yolande avait émigré ; rentrée en France, veuve et presque sans fortune, elle racheta à grand’peine le vieux château de ses ancêtres qui dominait  un village dont les habitants, autrefois ses vassaux, étaient devenus, par la confiscation et la vente de ses biens, ses co-propriétaires. Le malheur avait rendu la marquise de Rocmartine plus fière et plus hautaine ; ses prétentions nobiliaires, renforcées par une dévotion rigoriste, la faisaient invulnérable à toute idée nouvelle ; elle se croyait encore femme d’un président au parlement et reine de la capitale du comté..."

(04.09) Victor Lottin de Laval (1810-1903) : Les Ruines de Palmyre (1839).

(03.09) Catulle Mendès (1841-1909) : Madame de Ruremonde (1885) : " DE toutes les flirteuses qui, dans les salons de Paris, de Pétersbourg et de Londres, abandonnent longtemps leur main, avec un frémissement bien imité, entre les doigts de quelque bon jeune homme ébahi, ou, renversées dans un fauteuil, croisent les jambes sous la jupe étroite qui s'applique et se renfle, ou bien, penchées, au dessert, vers leur voisin de table, avec l'air d'écouter une confidence, lui placent sous les yeux, sous le nez, sous les lèvres, dans son assiette ! le double fruit vivant de leur gorge qui assoiffe et affame, — Mme de Ruremonde, certes, est la plus parfaitement exécrable! Aucune n'a poussé plus loin qu'elle l'abominable vertu de toujours s'être refusée après s'être toujours offerte..."

(03.09) Fanny Reybaud (1802-1870) : Marguerite, épisode du quatorzième siècle (ca1850).

(02.09) Léon Cladel (1834-1892) : Vyr le porion (1884) : " RIEN n'avait pu nous dissuader de ce dessein ; aussi le lendemain, vers midi, mon camarade et moi, coiffés d'épais chapeaux de cuir bouilli, revêtus de bourgerons de laine bleue et munis chacun d'une lampe Davy, nous nous approchions très émus et nous efforçant de ne point le paraître, de cette fosse profonde de six à sept cents mètres, quand M. de la Tour-Réal, ingénieur des mines belges et l'un des petits-neveux de l'amiral de ce nom, que la révocation de l'édit de Nantes avait contraint à se réfugier aux Pays-Bas, qui lui furent une nouvelle patrie, répondit enfin à la muette interrogation de nos yeux..."

(02.09) Jules Depaquit (1869-1924) : Latoupie-Bottin (1900).

(01.09) Pierre Loti (1850-1923) : Viande de Boucherie [suivie de] Chagrin d’un vieux forçat (1891). : " AU milieu de l’océan Indien, un soir triste où le vent commençait à gémir. Deux pauvres boeufs nous restaient, de douze que nous avions pris à Singapoor pour les manger en route. On les avait ménagés, ces derniers, parce que la traversée se prolongeait, contrariée par la mousson mauvaise. Deux pauvres boeufs étiolés, amaigris, pitoyables, la peau déjà usée sur les saillies des os par les frottements du roulis. Depuis bien des jours ils naviguaient ainsi misérablement, tournant le dos à leur pâturage de là-bas où personne ne les ramènerait plus jamais, attachés court, par les cornes, à côté l’un de l’autre et baissant la tête avec résignation chaque fois qu’une lame venait inonder leur corps d’une nouvelle douche si froide ; l’oeil morne, ils ruminaient ensemble un mauvais foin mouillé de sel, bêtes condamnées..."

(01.09) Jean Madeline : Toujours... [suivi de] La Robe (1899).


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